13/09/2008 18:41 Alter: 11 yrs

Le Ciné Cité

Kategorie: 89/2008 - Literatur 89/2008 - Literatur
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(1958-2004) Le 23 octobre 1958, le Ciné Cité est inauguré en présence du Grand-Duc héri-tierJean et de la Grande-Duchesse héritière Joséphine-Charlotte ainsi que d'autres no-tabilités nationales comme le Président de la Chambre Emile Reuter, le ministre d'Etat Pierre Frieden, les ministres Pierre Werner et Victor Bodson et le vicaire général Jean Hengen. L'ouverture de ce «nouveau fleu-ron dans la couronne des cinémas de la ville de Luxembourg»lse fait avec le célèbre film de guerre britannique The Bridge on the River Kwai de David Lean, précédé du do-cumentaire luxembourgeois Luxembourg 1958 de Philippe Schneider.Un cinéma au centre-ville L'initiative pour cette première grande salle au centre-ville vient du notaire Char-les Michels, propriétaire d'un terrain situé 3, Rue Génistre (dénommée 'Lantergässer) juste à côté du Cercle Municipal. Il s'associe deux professionnels du milieu cinémato-graphique qui peuvent se prévaloir d'une longue et riche expérience en matière d'ex-ploitation cinématographique: Louis Frei- sing, le directeur du Marivaux et Isidore Thill, le directeur des salles Victory et The Yank. Les plans de la nouvelle salle sont de l'architecte luxembourgeois Robert Lentz (1918-1990).2 Le journaliste Léon N. Nilles insiste sur la qualité du travail de Lentz e.a. en ce qui concerne l'agencement de l'im-meuble, parfaitement adapté à un empla-cement et une orientation à priori assez peu avantageux pour une salle de cinéma: «Der attraktive Schwerpunkt der Fassade wurde zum Place d'Armes hin verlagert, so dass man unwillkürlich den Eindruck gewinnt, das neue Lichtspielhaus trete aus der Enge der Lantergässel. Der Archi-tekt hat es verstanden, aus der keineswegs erstrangigen Geschäftslage, wie sie die Rue Génistre darstellt, ein Optimum an einge- planter Werbewirkung herauszunehmen.»3 Le Cité est la salle la plus importante de la capitale en nombre de fauteuils. Construite en forme d'entonnoir, elle peut accueillir plus de 760 spectateurs. La décoration intérieure provient e.a. des artistes luxem- Une époque charnière de l'exploitation cinématographique bourgeois Franz Kinnen (frise en verre au- dessus de l'écran) et Lou Theisen (peinture murale abstraite Le bateau des mirages d'une dimension de 11x 5m dans le foyer du 1' étage). Le Ciné Cité est l'unique salle commer-ciale d'envergure du centre-ville. Le Ciné de la Cour se limite à. cette époque à. des reprises, des séries B, des nanars ou de films érotiques et le Vox fonctionne jusqu'en 1963 comme une salle d'art et d'essai. Tous les autres cinémas importants de la capitale sont situés dans le quartier de la Gare. La décision de construire une nouvelle salle de cinéma à Luxembourg-ville inter-vient à. un moment où l'exploitation ciné-matographique connaît un véritable âge d'or. Les années 1950 se caractérisent par un taux de fréquentation très élevé ainsi que par un véritable foisonnement de salles de cinéma. Entre 1948 et 1958, le nombre de spectateurs par an passe d'environ 3 mil-lions à. plus de 4,8 millions. Parallèlement, pas moins de 16 salles nouvelles renforcent le parc des cinémas du pays. Conçu, pla-nifié et construit à. une époque où la fré-quentation des cinémas est à. son apogée, le Ciné Cité ouvre par contre ses portes au moment où la demande est sur le point de décliner. Au Luxembourg, la fréquentation des salles obscures atteint son pic en 1958. L'intérieur de la salle en 1958 Si la baisse du nombre de spectateurs s'an-nonce dès 1959, elle ne devient pourtant dramatique qu'a partir de 1962. Bien si-tué au centre-ville, doté d'une infrastruc-ture récente et moderne et profitant d'une programmation attractive et de qualité, le Ciné Cité souffre certainement moins de la grave crise de la fréquentation des années 1960 et 1970 que d'autres salles plus vétus-tes et moins attractives comme le Capitole (qui ferme ses portes en 1969), le Ciné de la Cour (1971) ou le Yank (1980). À l'ins-tar du Marivaux, le Cité est une salle de prestige, avec une programmation soignée attirant un public majoritairement issu des classes moyennes dont beaucoup de ciné-philes. Des films populaires, mais peu de nanars Avec des grosses productions com-merciales, en grande partie américaines, le Cité attire un grand nombre de spectateurs friands de films à. grand budget et à grand spectacle. Il n'est donc pas surprenant que la salle se dote en 1963 d'un système de projection spécial (lancé en 1955) permet-tant de projeter des films en format 70mm (au lieu de 35 mm, le format le plus cou-rant), garantissant une plus grande qualité d'image. Au cours des années 1960, plu-sieurs grosses productions hollywoodien-nes (comme Cleopatra, The Dirty Dozen, Doctor Doolitle, Camelot ou Around the TEINPFLE CINÉ CITÉ World in 80 Days) ou soviétiques (Les an-nées de feu, Guerre et paix) sont ainsi pré-sentées en format 70 mm. Parmi les grands succès du Cité des années 1960 et 1970, on trouve des productions aussi diverses que Cleopatra, My Fair Lady, Grease, The God- father, One Flew Over the Cuckoo's Nest, Hair, La zizanie, La guerre des boutons, Allen ou Earthquake. Pour ce dernier film, la salle a d'ailleurs été dotée en 1975 d'un système sonore spécial (le 'Sensurround'), constitué de plusieurs haut-parleurs de bas-se fréquence, sensés faire trembler les fau-teuils pendant les scènes d'action bruyan-tes. Au cours des années 1960, les films de guerre à. grand spectacle The Longest Day, The Guns of Navarone, Battle of the Bulge, Battle of Britain, Patton et Tora, Tora, Tora jouissent d'une popularité particulière. À partir de 1967, le Cité est pendant deux décennies la salle attitrée des films James Bond, qui comptent parmi ses plus grands succès populaires."' Si le cinéma populaire est donc bien présent au Cité, on y projette pourtant peu de véritables nanars ou de séries Z. Ainsi, peu ou pas de westerns italiens (à l'excep-tion de la parodie Mon nom est personne de Tonino Valerii) ou de films de karaté y sont programmés. Des films français, italiens, suédois ... et soviétiques. À côté des productions hollywoodien-nes, c'est également le cinéma français qui jouit pendant de longues années d'une place de choix dans la programmation du Ciné Cité. Les spectateurs peuvent y voir de nombreux films grand public de qualité (comédies, films policiers), interprétés par des vedettes françaises populaires des an-nées 1960 et 1970 tels que Brigitte Bardot, Eddie Constantine, Fernandel, Darry Cowl, Sacha Distel, Pierre Richard ou Jean-Paul Belmondo. Le Cité ne se limite cependant pas au cinéma grand public. Les cinéphiles y dé-couvrent des oeuvres plus ambitieuses et exigeantes de cinéastes tels que Alexan-dre Astruc, Jacques Tati, Claude Chabrol, Louis Malle, Michel Deville, Pierre Etaix, Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, Claude Lelouch, René Clément, André Cayatte, Bertrand Blier, Maurice Pialat, Costa-Ga-vras ou François Truffaut. Les 400 Coups, le premier long métrage de Truffaut y est même présenté en 1959 dans le cadre d'une séance de gala en présence du cou-ple grand-ducal héritier. Le Cité propose Nt] En 1959, Johanna Matz et Karlheinz Böhm présentent le film ?Das Dreimädlerhaus" au Ciné Cité dans le cadre d'un grand gala également à. ses spectateurs quelques-unes des oeuvres phares de réalisateurs italiens tels que Vittorio De Sica, Pier Paolo Paso-lini, Federico Fellini, Liliana Cavani, Mario Monicelli, Ettore Scola, Luigi Comencini, Dino Risi ou Mauro Bolognini. Dans le cadre de séances spéciales (généralement les mercredis et les jeudis soirs), les spectateurs luxembourgeois ont l'occasion de visionner au cours des années 1960, toute une série de films d'accès plus difficile, tels que Cul de sac (Roman Po-lanski), La Music-a (Marguerite Duras), The War Game (Peter Watkins), Trans-Europ- Express (Alain Robbe-Grillet), Le testament d'Orphée (Jean Cocteau), Shadows (John Cassavetes), L'année dernière à Manen- bad (Alain Resnais), La porcherie (Pier Pa- olo Pasolini) ou L'île nue (Kaneto Shindo). Une place de choix est occupée par lngmar Bergman dont pas moins de 18 films (dont e.a. Le silence (1963) et La honte (1968)) passent au Cité au cours des années 1960 et 1970.5 Au cours des années 1960, le Cité pro-gramme un nombre étonnement élevé de films soviétiques. Entre 1960 et 1970, les spectateurs peuvent y voir (souvent dans des séances spéciales) plus de 25 films différents. Des vieux classiques d'Eisens-tein (Le Cuirassée Potemkine (1925), La Grève (1925), Ivan le Terrible (1943/44)) ou de Poudovkine, des ballets filmés, mais également des productions contemporai-nes comme le premier film soviétique en 70 mm Les années de feu (Yuliya Saint- seva, 1961) ou la fresque monumentale de Sergueï Bondartschouk Guerre et Paix (1966/67). En novembre 1964, est orga-nisé au Cité un 'Festival du cinéma soviéti-que' avec e.a. des films de Michael Romm ou de Andrei Tarkovski. L'adaptation de la pièce Hamlet de Shakespeare par Grigori Kozintsev est présentée dans le cadre d'une soirée de gala en présence de deux actrices soviétiques. À l'exception des deux premières an-nées, le Ciné Cité programme très peu de films allemands.6 La grande époque des galas Au cours des années 1950 et 1960, un certain nombre de films sont présentés dans le cadre de grands galas sous le patro-nage d'associations diverses et en présence de notabilités locales (représentants de la Cour, ministres, ambassadeurs, évêque, etc.). Parmi les organisateurs de telles soi-rées au profit d'associations caritatives, on peut citer I"American-Luxembourg Society' (avec les films The Naked and the Dead, The Longest Day, Porgy and Bess, Battle of the Bulge, 4 Days in November), l'Action Familiale et populaire' (E/ Cid), 'Les Amis du Carmel' (Le dialogue des Carmélites) ou les 'Amitiés Françaises' (Le Président). En 1959, Johanna Matz et Karlheinz Böhm, les interprètes principaux du Heimatfilm alle-mand Das Dreimädlerhaus, présentent leur film au Ciné Cité (et au Victory) dans le ca-dre d'un grand gala en présence du Minis-tre des Arts et Sciences Pierre Grégoire. Le public luxembourgeois réserve un accueil triomphal aux deux acteurs allemands.' Deux ans plus tard, le très populaire acteur écossais James Robertson Justice participe sur invitation de la British-Luxembourg Society à. l'avant-première de la comédie britannique Very Important Person (Ken Annakin, 1961) en présence du Grand-Duc héritier Jean et de la Grande-Duchesse hé-ritière Joséphine-Charlotte. Une place pour le cinéma luxembourgeois Le Cité a donné également l'occasion à. des cinéastes luxembourgeois d'y présenter leurs films au grand public. C'est vrai pour les documentaires Le droit au soleil (1959) et L'aventure industrielle du Luxembourg (1967) de Philippe Schneider ou A Man, a Legend: George S. Patton (1970) de Fred Junck et le court métrage de fiction Abres-chviller (1964) de Jean-Claude Mersch, présentés en avant-programme de longs métrages importants. Au cours des années 1980, le spectateur peut également décou-vrir au Cité le film de fiction français Point Mort, produit et réalisé par le cinéaste luxembourgeois Ody Roos qui vit et tra-vaille depuis les années 1960 à. Paris. La direction du Cité donne également un coup de pouce au jeune cinéaste Andy Bausch en programmant au début des an-nées 1980 quelques-uns de ses premiers courts métrages: Die letzte Nacht (1983) II En 1969, des manifestants contre le film américain ?The Green Berets" se réunissent à. plusieurs reprises devant le Cité CIE (d'après Bukowski) et Cocaine Cowboy (1983), ainsi que Van Drosselstein (1984),... Der Däiwel (1984) et l'excellent One-Reel Picture Show (1984) d'après Edgar Alan Poe (rassemblés dans un programme inti-tulé Däiwel, Vampiren a Gnomen). C'est également au Ciné Cité, qu'Andy Bau-sch présente ses premiers longs métrages (semi)-professionnels Troublemaker (1988) (le premier grand succès populaire du ci-néma luxembourgeois qui jouit rapidement d'un véritable statut de film culte) et A Wo- pbopaloobop a Lopbamboom (1989), son meilleur film de fiction.8 Quelques scandales En janvier 1969, le Cité est au centre de plusieurs manifestations contre le film de propagande The Green Berets (John Wayne, 1968) légitimant l'intervention américaine au Vietnam. A l'appel de plu- -of ,? It. 4 Il 1. 'tille sieurs organisations de gauche dont le 'Co-mité Luxembourg-Vietnam', entre 100 et 300 manifestants se réunissent à plusieurs reprises devant la salle arborant des ban-nières et des pancartes du style «les as-sassins sont parmi nous», «Völkermord ist keine Heldentat», «Yankee go home». Ils distribuent des tracts expliquant les raisons de leur action et scandent à. haute voix des slogans comme «US assassins» ou «Ho, ho, ho Chi Minh». Devant le cinéma, une véritable joute orale se développe entre les pourfendeurs du film et un certain nombre de contre-manifestants farouchement pro- américains venus exprimer leur solidarité avec les Etats-Unis en répondant par des «USA he'ch» ou des «Vive Amerika». Cer-tains opposants au film entrent dans la salle afin de manifester leur mécontentement en pleine projection et lancent des boules puantes. Très peu de films à. caractère érotique passent au Ciné Cité. Les quelques rares ex-ceptions à. la règle ne manquent néanmoins pas de provoquer des débats enflammés, voire de véritables scandales. Ainsi en avril 1973 Le dernier tango à Paris est saisi par la Justice et vaut un procès très médiatisé au directeur de la salle Isidore Thill. Le pro- U514DIRERG il vggiAMLE CINÉ CITÉ Cité 1 Cité 2 Cité 3 Cité 4 cureur d'Etat lui reproche d'avoir enfreint l'article 383 du code pénal, en important un film «obscène». L'affaire se termine par un non-lieu et en 1974 le film passe pen-dant trois semaines au Cité." Le film éroti-que à. tendance sado-masochiste Histoire d'O (Just Jaeckin, 1975) n'est ni saisi par la Justice ni interdit par le Gouvernement, mais il fait l'objet en 1976 de réactions d'in-dignation de deux bords politiques diamé-tralement opposées. Le Luxemburger Wort s'insurge contre le film qui réduit à. ses yeux la femme à. un simple objet de convoitise et de plaisir.1° Des militantes féministes de gauche qui situent le film dans le cadre plus général de la violence contre les fem-mes sont encore plus combatives. Elles ne se contentent pas de distribuer des tracts contre le film devant le Ciné Cité, mais elles expriment leur opposition à. cette «logique de chosification de la femme»11 en lançant des boules puantes dans la salle. 1982: Le Ciné Cité Center Une des réponses à. la chute de fré-quentation des salles de cinéma dans les années 1960, qui finit par toucher le Ciné Cité est le morcellement des salles. La va-gue des petites salles réaménagées à. partir d'une salle unique commence à. l'étranger dans les années 1960 et se généralise au cours de la décennie suivante.12 Au Luxem-bourg, la tendance qui va au dépècement de grandes salles ne se développe toute- 1986 fois qu'au début des années 1980. En juin 1982, l'Eldorado est divisé en deux salles.13 Quelques mois plus tard, le Ciné Cité pro-cède à. des transformations encore plus importantes. Le directeur Paul Thill fait construire pas moins de 4 salles à. l'intérieur de l'immeuble du Cité. L'ancienne salle est scindée en deux (346 et 230 sièges) tandis qu'au sous-sol sont aménagées deux peti-tes salles supplémentaires d'une capacité de 74, resp. 84 sièges. Cette transforma-tion permet à l'exploitant non seulement de rentabiliser les frais de fonctionnement et d'élargir parallèlement l'offre de films (en moyenne 4 films par semaine dans un emplacement au lieu d'un seul), mais elle garantit également une plus grande flexi-bilité dans la programmation. Il peut ainsi programmer des films moins commerciaux dans les deux salles plus intimes. En plus, après 2 à. 3 semaines, des productions im-portantes peuvent passer dans une des mini-salles et faire ainsi de la place à. de nouveaux films. L'installation technique est modernisée et largement automatisée. La qualité des projections est améliorée au niveau sonore et visuel. Un système infor-matique est installé pour contrôler les diffé-rentes cabines de projections à. partir d'une régie centrale. Quelques années plus tard, une cinquième salle minuscule est ajoutée. Bien que nous ne disposions pas de chiffres concernant la fréquentation du complexe, il semble que dans un premier temps, la nouvelle formule soit un succès. Tandis que d'autres salles de la capitale ferment leurs portes (l'Eldorado et l'Europe en novembre 1988 et le Victory en 1992), le Ciné Cité continue à fonctionner. L'agrandissement (5 salles) et la mo-dernisation (son THX, réservation de tic-kets, sièges confortables, etc.) du cinéma Utopia au Limpertsberg en décembre 1989, ne reste pourtant pas sans effet sur l'uni-que salle commerciale du centre ville. Entre 1993 et 1996, la part de marché du Ciné Cité tombe d'environ 37% à. 19,4%, tandis que celle des 5 salles de l'Utopia passe de 50% à. 66,6%." En 1995, aucun film pro-grammé au Ciné Cité ne réussit à. dépasser les 10000 spectateurs. Il n'est donc guère surprenant qu'au cours des années 1990, des rumeurs circulent concernant une fer-meture définitive de la salle. À en croire la presse de l'époque, plusieurs chaînes de magasins allemandes respectivement fran-çaises auraient manifesté leur intérêt pour l'immeuble ou le terrain. Une première fermeture Après avoir animé la vie culturelle et sociale du centre-ville pendant presque quatre décennies, le Cité ferme ses portes Ie 27 novembre 1997 pour cause de «non rentabilité».15 S'il est vrai, que l'ouver-ture du multiplexe Utopolis au Kirchberg en décembre 1996 a exercé une concur-rence massive (en 1997 le Cité fait moins de 100000 spectateurs contre plus de 850000 pour l'Utopolls), le déclin progres-sif et la fermeture de la salle n'ont cepen-dant pas été une fatalité. L'hémorragie de spectateurs que subit le Ciné Center Cité déjà bien avant l'ouverture de l'Utopolis s'explique par une conjonction de plusieurs facteurs. Dans les années 1990, les installa-tions techniques (système sonore déficient, absence de son digital) et le confort du Cité ne correspondent plus aux attentes d'un public de plus en plus exigeant en matière de salles de cinéma. Le complexe souffre également d'une programmation peu at-trayante et ambitieuse. La presse reproche aux exploitants du Ciné Cité de ne pas avoir procédé aux investissements néces-saires à une redynamisation du complexe.16 Le Luxemburger Wort conclut en 1997: «Zu lange hatte man mit Umbauarbeiten, Instandsetzungen und Modernisierungen gezögert, so dass die 1983 entstandende Konkurrenz vorbeiziehen und ihren Park Ende 1996 auf 15 Säle ausbauen konnte. In der Kinobranche hat sich sehr deutlich ge-zeigt, dass jahrelanger Laxismus, fehlende Investitionsbereitschaft und Angst vor Mo-0 kk_. ? Le Ciné Cité by Utopia SA dernisierung innerhalb weniger Jahre zum Kollaps führen können.»17 Après la fermeture, l'immeuble qui est mis en vente reste à l'abandon pen-dant plus d'un an. En 1999, c'est la Ville de Luxembourg qui se porte acquéreur pour la somme de 180 millions de francs18, afin d'en faire un centre culturel qui pourrait abriter outre la Bibliothèque Municipale, une médiathèque et la Cinémathèque. La décision du collège échevinal est d'ailleurs saluée par les partis d'opposition LSAP et Déi Gréng.1" La Ville décide de raser l'im-meuble pour y construire ce centre cultu-rel multifonctionnel flambant neuf. Bien consciente que la réalisation définitive d'un tel projet prend du temps (définition d'un concept final, élaboration et finalisation des plans, obtention des autorisations, etc.), les autorités municipales négocient avec le groupe Utopia afin que ce dernier exploite provisoirement la salle pendant 2 à 3 ans, jusqu'à ce que les travaux pour le nouvel immeuble puissent commencer. Aux yeux des édiles, il est important de redynami-ser le centre-ville et d'enrichir l'attractivité culturelle de la ville par des séances réguliè-res de cinéma.2" IF Iii L'Utopia accepte la proposition de la ville sous condition que le complexe soit réaménagé et modernisé. Ne croyant pas à. l'intérêt commercial des 3 petites salles (selon Jean-Pierre Thilges, de «véritables cagibis à. télévision indignes de porter le nom de cinéma»21), on se limite aux deux grandes salles (210 places et 279 places) qui sont dotées e.a. d'une installation so-nore digitale, de nouveaux haut-parleurs, de fauteuils confortables et d'un bar. Le coût de ces réaménagements s'élève à. 12 millions de francs. La programmation de la salle dorénavant gérée par la société Utopia S.A., vise essentiellement un pu-blic de jeunes citadins. À cet égard, le film d'ouverture Gone in 60 Seconds fait office de programme. Ce n'est pas non plus un hasard, si dans ce contexte de remise à. neuf, les responsables se décident à vendre également du pop-corn dans le nouveau complexe. Le Ciné Cité by Utopia ouvre ses por-tes le 4 août 2000 et fonctionne pendant presque deux ans et demi. La cure de jou-vence du complexe n'est pourtant pas un franc succès. En dépit des efforts de ré-novation et de modernisation, le cinéma du centre-ville ne draine pas vraiment les foules. Les nouveaux exploitants n'arrivent pas à. re-fidéliser le public qui s'est détourné de la salle depuis déjà plus d'une décennie. Si les résultats de la première année sont encore assez encourageants (environ 1 400 spectateurs par semaine), le nombre d'en-trées annuelles tombe de 75074 en 2001 à. 56575 l'année suivante (soit environ un quart des tickets vendus à. l'Utopia au cours de la même année). En 2003, à peine 44000 spectateurs franchissent les portes d'une des deux salles du complexe. Le 29 janvier 2004, le Ciné. Cité ferme définitive-ment ses portes avec comme dernier film, la comédie dramatique française Après vous de Pierre Salvadori. Le seul cinéma qui subsiste au coeur du centre-ville est le Vox, qui abrite depuis 1977 la Cinémathèque de la Ville de Luxem-bourg et qui continue à. attirer un public de cinéphiles, comme jadis le Cité dans ses nombreuses séances spéciales consacrées à. un cinéma d'auteur de qualité. 211112111 1 Brochure publiée à l'occasion de l'inauguration de la salle. Lentz a fait ses études â. la Staatliche Kunstakademie Düsseldorf et il a passé un stage e.a. chez Frank Lloyd- Wright. Parmi ses constructions les plus connues outre Ie Ciné Cité, il y a le Bâtiment Philips (bd. De la Foire) et la Cité ouvrière à Lallange. De 1965 à 1970, Robert Lentz était le président de l'Ordre des Architectes. Un grand merci à Alain Linster pour les précisions concernant Robert Lentz. Inn., dletzebur,ber Land, no.43/1958. 4 En 1979, Moonraker attire 25.433 spectateurs en 6 semaines d'exploitation. La majorité de ces productions sont présentés dans le cadre de 2 à 3 séances spéciales. C'est surtout le Victory qui s'est spécialisé depuis les années 1950 dans le cinéma populaire allemand. ' Voir à ce sujet: Paul Lesch, «Sissi, Don Camillo, Phileas Fogg et... beaucoup d'autres. Le triomphe des salles obscures au cours des années 50., ons stad, no.61/199, p.17-20. ^ Voir â. propos de ce film, l'article de Viviane Thill dans Ernest Mathijs (ed.), The Cinéma of the Low Countries, Wallflower, London, 2004, p. 187-192. ' Paul Lesch, Au nom de l'ordre public & des bonnes moeurs. Contrôle des cinémas et censure de films au Luxembourg 1895-2005, Centre national de l'audiovisuel, Luxembourg 2005, p. 171-180. L'Action Catholique des Femmes Luxembourgeoises reproche dans une lettre ouverte aux exploitants qui montrent le film, e.a. de «pervertir l'image de la femme de façon inacceptable.. (voir Paul Lesch, nom de l'ordre public..., op. cit. p.214-217) 11 id. 12 Christian-Marc Bosséno, La prochaine séance. Les Francais et leurs cinés, Gallimard, Paris, 1996. Le Ciné Europe est doté d'une deuxième salle quelques mois plus tard. 14 Archives du CNA. 1" Luxemburger Wort, 27.11.1997. 16i e.a. Claude François, <>Kinomangel trotz Utopolis?», Luxemburger Wort, 27.9.1996. 17 Claude François, «Kino-Zentren, aber kein Kino im Zentrum., Luxemburger Wort, 20.11.1997. 1' Compte rendu analytique des séances du Conseil communal. No. 1/1999. Séance du 8 février 1999 (p.7). 1' Id. 20 Lydie Polfer, bourgmestre de la ville explique en 1999: «Um das Gebäude während dieser Zeitspanne nicht leer stehen zu lassen und es bereits im Sinne einer kulturellen Belebung des Stadtzentrums zu nutzen, schien uns die Idee, in einer Übergangszeit das Gebäude wieder seiner früheren Zweckbestimmung zuzuführen, interessant.» (Id.) 21 Jean-Pierre Thilges, «Le Retour du Ciné Cité», Revue, 31/2000.


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