08/03/2003 15:06 Alter: 16 yrs

Emancipation de la femme, Garde d'enfants et responsabilités communales

Kategorie: 73/2003 - Kindheit 73/2003 - Kindheit

?Emancipation de la femme, Garde d'enfants et responsabilités communales La progression des femmes dans tous les milieux de la vie profes-sionnelle, motivée autant par le besoin d'épanouissement person-nel et le désir d'indépendance financière que par le nombre crois-sant de divorces dans notre pays, fait incontestablement partie des mutations sociales les plus radi-cales de notre temps. Les responsables politiques, l'Etat et les communes doivent tenir compte de ces phénomènes sociaux et sont sollicités afin de créer des structures d'accueil pour les enfants, afin de venir en aide aux familles monoparentales et aux parents exerçant une activité professionnelle, et afin de contri-buer ainsi à ce que les enfants et les adolescents ne soient pas livrés à. eux-mêmes pendant la journée, ce qui long terme peut conduire àde graves problèmes sociaux. Dès le début des années 70, la Ville de Luxembourg a commencé à. organiser des activités de loisirs pour les enfants pendant les vacances d'été (Aktioun Bambësch). C'est vers la fin des années 80 que les premières cantines scolaires ont été ouvertes et aujourd'hui, 25 foyers scolaires municipaux accueil-lent 45 % des écoliers du primaire en dehors des heures de classe. Ces structures d'accueil sont coor-données par le CAPEL (Centre d'Animation Pédagogique et de Loisirs). Les origines du CAPEL L e CAPEL a été fondé en 1983 dans le but d'introduire des projets pédagogiques dans les écoles, projets destinés à. sensibiliser les enfants aux problèmes sociaux et aux défis de notre société. Ce service nouvelle-ment créé avait parallèlement pour tâche de poursuivre les activités de loisirs de la ville de Luxembourg mises sur pied dès les années 70. L'Aktioun Bambësch, qui permet aux enfants de la capitale de s'adonner à des activités de loisirs dans le cadre naturel du Bambësch pendant les vacances d'été, constituait â. l'époque une contribution importante de la ville de Luxembourg à. ce que les enfants ne soient plus dans la rue, quand leurs parents travaillent. «Dans les années 70, l'Aktioun Bambësch entendait appliquer les concepts de la péda-gogie ludique» nous explique Aloyse Ram-poni, directeur du CAPEL, en relation avec l'histoire de l'institution. «La discussion sociale sur l'éducation des enfants ne débu-tait en effet qu' il y a 30 ans. Quand la ville commençait à. organiser des après-midi récréatifs pendant les vacances scolaires, on voulait offrir aux enfants une animation et les placer dans des situations de jeu particu-lières, leur permettant d'apprendre ainsi à. affronter des situations sociales. Le succès de l'Aktioun Bambësch ne s'est pas fait attendre, et le nombre des inscriptions a été supérieur A1500 en cinq ans.» 15Concepts pédagogiques innovateurs Dès sa création, le CAPEL commença travailler sur des projets innovateurs dans le cadre de l'enseignement municipal, en coor-donnant parallèlement les activités de loisirs organisées par la ville de Luxembourg pour les enfants. C'est à cette époque que Aloyse Ram-poni a été libéré de ses fonctions d'ensei-gnant pour se consacrer exclusivement cette tâche. Les activités du CAPEL étaient axés leurs débuts sur le contact avec la nature, thème qui a été repris entre-temps aussi par la Maison de la Nature. C'est la raison pour laquelle le CAPEL se consacre à. présent davantage à la communi-cation culturelle, à. une action pédagogique axée sur la lutte contre les préjugés, sur l'ou-verture culturelle, ainsi que sur des activités pratiques pouvant aider les enfants dans leur vie quotidienne. Manger sainement, faire des achats selon des critères écologiques, comprendre son propre corps (mäi Kierper ass ok), pro-mouvoir la confiance de l'enfant en lui- même (je suis ok, tu es ok), expliquer le monde du commerce et de l'économie, expérimenter avec les quatre éléments (l'eau et le feu, l'air et la terre), les activités artis-tiques, l'exploration de la forêt, la plantation d'arbres et de haies, la création d'un diplôme de l'environnement, la découverte d'un pays étranger par le biais de personnages issus de la littérature enfantine du pays en question, la promotion de la lecture, l'organisation d'une cavalcade culturelle, des projets théâ-traux ainsi que des expositions, tels sont, entre autres, les multiples facettes de ce que l'institution est en mesure d'offrir. Dans les années 80, la Ville de Luxem-bourg a commencé à. mettre en place, par l'intermédiaire du CAPEL, des structures d'accueil parascolaires pour les enfants dans tous les quartiers de la ville. Un travail de pionnier Pour ce qui est des foyers de midi et des foyers scolaires comptant désormais 25 sites sur l'ensemble du territoire de la capitale, la Ville de Luxembourg a incontestablement réalisé un travail de pionnier, et ceci autant par le nombre d'enfants pris en charge que par le caractère innovateur du concept péda-gogique de ces structures d'accueil. Depuis 1998, du personnel qualifié a été engagé pour la garde des enfants dans les foyers scolaires. C'est ainsi que des éduca-teurs diplômés ont pu revoir conjointement avec leur directeur les principes pédago-giques des foyers scolaires et apporter leur contribution à la communication entre les enfants de la société de la capitale, en tenant compte des exigences philosophiques et sociales qui se posent dans une ville multicul- turelle.NOM Le travail pédagogique accompli consis-te à. intégrer de manière positive les nom-breux enfants étrangers, à. lutter contre les préjugés sexistes, à. combattre les stéréo-types ayant trait à. l'image de l'homme et de la femme, à. promouvoir la communication et la connaissance des langues, à. initier des pro-jets de prévention contre la violence, et enfin contribuer, par le biais du développement des compétences sociales des enfants, à. améliorer leurs résultats scolaires. Accueil de plus de 2000 écoliers C'est notamment au cours des années 1998 à. 2003 que la création de structures d'accueil pour les enfants a été considérable-ment développée. Alors qu'en 1997, 1,7 % seulement des écoliers étaient pris en charge dans les infrastructures parascolaires, ce pourcentage atteint aujourd'hui plus de 45 %, ce qui représente au total 2.223 enfants. Les foyers scolaires ont sans aucun doute contri-bué à faciliter, voire à encourager le travail des femmes. En plus des 25 foyers munici-paux, la ville de Luxembourg soutient 3 structures de l'association «Inter-Actions», à. vocation similaire. Il va de soi que la garde d'un pourcenta-ge élevé d'enfants de la capitale constitue un défi pédagogique pour le CAPEL, puisqu'il importe de transmettre à. ceux-ci certaines valeurs sociales, ceci pour contribuer à. la communication, à. la compréhension mutuelle et à. la tolérance. La lutte contre les préjugés sexistes Les «foyers scolaires» offrent également la possibilité d'améliorer la compréhension entre les sexes et de combattre les préjugés sexistes. «Le travail pédagogique avec les enfants révèle que les clichés sexistes perdu-rent dans notre société. Dans nos foyers, les filles sont souvent plus tranquilles et plus conciliantes, elles s'occupent de manière spontanée et fréquente des plus petits; ran-ger et faire la vaisselle sont pour elles des choses allant de soi, tandis que les garçons essaient plutôt de s'esquiver» précise encore Aloyse Ramponi. «Dans nos foyers, toutes les activités s'adressent à. la fois aux filles et aux garçons. Le fait que les filles soient plus tranquilles et plus conciliantes ne signifie pas pour autant qu'elles n'aient pas de problèmes; c'est la rai-son pour laquelle j'encourage les éducateurs à. s'occuper également des enfants qui don-nent l'impression ne pas avoir de problèmes première vue, et qui ne se font pas remar-quer. On a pu constater que les garçons véhi-culent parfois des clichés sexistes dans leur façon de s'exprimer. Cependant, les filles ont souvent aussi des conceptions stéréotypées de ce que les garçons devraient être.» L'environnement social va toutefois bien souvent à l'encontre des efforts consen-tis en vue de combattre les préjugés. Aloyse Ramponi estime que «dans les médias, les filles et les garçons sont confrontés à des images stéréotypées de l'homme et de la femme, axés en plus sur la consommation.» Les hommes manquent dans l'éducation des enfants De manière générale, le directeur du CAPEL estime que dans le domaine de l'édu-cation des enfants, les hommes sont insuffi-samment représentés. Les postes pédago-giques sont occupés en majeure partie par des femmes, et bon nombre de mères vivant seules doivent élever leurs enfants en l'ab-sence du père. Ceci signifie que les hommes manquent en général dans l'éducation des enfants. Selon le directeur du CAPEL, il serait important de sensibiliser les jeunes hommes l'attrait des professions pédagogiques. Il s'agit notamment ici d'offrir aux petits garçons des possibilités d'identification dans le cadre de leur vie quotidienne. Les préjugés sexistes sont parfois plus répandus au sein des familles émigrées. Cependant, le fait que les femmes d'origine portugaise exercent une profession contri-bue à leur donner de l'assurance, étant donné que ce travail leur permet de sortir de chez elles et de contribuer au bien-être maté-riel de la famille. Les enfants prennent conscience de l'émancipation de leur mère et la ressentent comme positive. 17imedia 18 La mauvaise conscience des femmes II n'est pas rare que les femmes exerçant une profession aient mauvaise conscience, bien qu'elles s'efforcent à. concilier les exi-gences professionnelles avec l'éducation des enfants. Désormais, comment les enfants réagis-sent-ils à l'activité professionnelle de leur mère? «Les femmes actives sont parfois cri-tiquées par leur époux, ce qui peut égale-ment conduire à. ce que les garçons s'identi-fient à. ce genre de comportement» souligna Aloyse Ramponi dans ce contexte. Si par contre, les enfants aiment fré-quenter les foyers scolaires, la mauvaise conscience de leur mère peut s'estomper. Aloyse Ramponi est d'avis que nous ris-quons actuellement de faire marche arrière dans le domaine de l'émancipation de la femme; les problèmes économiques ont en effet souvent pour conséquence que l'on encourage à. nouveau les femmes à. laisser les emplois aux hommes. Infrastructures modernes C'est notamment depuis 1997 que l'amélioration quantitative et qualitative des structures d'accueil est devenue perceptible, et la Ville de Luxembourg est à l'heure actuel-le en mesure d'accueillir tous les enfants dont les parents ont introduit une demande. La collaboration avec les parents occupe une place importante, notamment lorsqu'il s'agit d'aider des enfants difficiles. Aloyse Rampo- ni souligne l'importance d'établir une stricte séparation entre les services scolaires et para-scolaires. «Les foyers scolaires ne doivent pas être une extension de l'école, même si les enfants y reçoivent une aide pour leurs devoirs. Il s'agit plutôt de promouvoir les compétences scolaires des enfants par le biais de méthodes pédagogiques basées sur le jeu et la communication. Dans cet ordre d'idées, il est également très important que les enfants soient pris en charge dans les foyers par un personnel éducatif autre que celui de l'école.» Pour les parents exerçant une profes-sion, les services d'accueil offerts pendant les congés scolaires et les vacances d'été conti-nueront à. revêtir une importance primordiale. Le succès extraordinaire remporté par les foyers scolaires a contribué à ce que ces structures deviennent un élément essentiel de la politique d'intégration sociale mise en oeuvre par la Ville de Luxembourg. Colette Mart


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