07/03/1999 18:14 Il y a : 20 yrs

Sur les traces de Vauban Histoire et culture

Catégorie : 60/1999 - Gëlle Fra 60/1999 - Gëlle Fra

Par sa position géographique et stratégique, la puissante forteresse de Luxembourg ne pouvait échapper à la politique hégémonique de Louis XIV. C'est ainsi qu'en 1684, la ville devait capituler face à une puissante armée de vingt mille soldats, encadrée par soixante ingénieurs et diri-gée par l'illustre Sébastien le Prestre de Vauban. Sur les traces Les travaux de Vauban débutent deux mois seulement après la capitulation de la ville. Linge- de Vauban nieur avait compris que l'établissement d'un «carré» (lignes de défense) en Lorraine et la pour- Histoire et culture suite des opérations offensives dans le Bas-Rhin et en Basse-Meuse devaient forcément passer par la forteresse de Luxembourg. Dès lors, les mémoires et instructions para- phées de la main de l'ingénieur font état de travaux titanesques. Durant quatre années consé-cutives, près de trois mille ouvriers s'attachèrent à la remise en état des éléments «ruinés» pendant Ie bombardement, à l'établissement d'une nou-velle ceinture d'ouvrages bastionnés autour de la ville et, enfin, à la construction de nouveaux bâti-ments dont les casernes militaires destinées au logement de la garnison. Hormis cela, ces activités devaient pousser à la constitution de nouveaux quartiers et un accroissement de la population -sans précédent. Ainsi, durant la période comprise entre 1684 et 1687, les registres font état d'une nette augmen-tation du nombre de feux (familles). On attribue ce phénomène aux mariages entre soldats français et femmes luxembourgeoises et à l'instal-lation de 246 nouveaux bourgeois dans la ville. De cet essor démographique devait naître une économie florissante. Le nombre d'artisans et ? de commerçants augmenta considérablement, entraînant avec lui une réglementation des corps de métier, la constitution de corporations et le développement de quartiers de métiers jurés. ?.e . Ce développement urbain intra muros ne ' . - ? doit pas faire oublier l'énorme réalisation défen- sive de Vauban à Luxembourg. Au Pfaffenthal et . ? au Grund, il utilise les escarpements abrupts pour ?i introduire des forts bastionnés dans la vallée et sur les hauteurs. Les ouvrages à corne Obergrüne- wald et à couronne Niedergrünewald sont renforcés des trois redoutes appelées Bombarde, Parc et Pfaffenthal. Avec la construction d'un mur partant du Fort Berlaimont jusqu'à la vallée de l'Alzette, la sécurité du Pfaffenthal est définitivement assurée. Sur le front sud, il renforce le débouché venant de France par la construction de deux forts supplémentaires Bonnevoie et Bourbon, auxquels il rajoute la redoute Piémont et un ravelin. Enfin, le périmètre du front ouest, qui débouche sur la Porte-Neuve, fait aussi l'objet de modifications grâce aux nouvelles réalisations des redoutes Lambert, Vauban et Royal. De cette configuration d'éléments successifs se dégage un vaste schéma tactique de défense graduée. Les éléments adaptés aux nouvelles techniques d'artillerie à poudre sont conçus selon un principe de protection réciproque et s'insèrent dans un système de défense en profondeur. -4. r L'ceuvre de Vauban à Luxembourg se caractérise aussi par des édifices remarquables, comme les quatre casernes du plateau du Rham (1685) pouvant accueillir 1760 hommes, les deux casernes du Saint-Esprit (1684-1685) d'une capacité de 1450 soldats, celle des Jésuites (1684-1685) de 560 places ou celle de cavalerie au Pfaffenthal abritant 840 hommes plus 192 chevaux. Mais sa plus belle réalisation reste incontestablement le bâti-ment Vauban. Cet ancien hôpital transformé en caserne en 1801 arborait jadis une façade de 70 m de long avec deux pavillons extérieurs. Considérée comme la plus grande d'Eu- rope, elle pouvait abriter quelque 700 soldats. Dans ses travaux Vauban ne se contente pas de satisfaire à des nécessités techniques et pratiques. Il suffit de contempler l'harmonie des portes du Pfaffenthal, les majestueux remparts des bastions Beck, Louis et du Saint-Esprit, considérés autrefois comme imprenables, pour comprendre l'esprit du plus grand architecte militaire du XVI le siècle. 3536 14e." Tourisme culturel et patrimoine Témoignage d'une ville plongée dans la tourmente européenne du XVII' siècle, le patri-moine fortifié de la ville de Luxembourg fait aujourd'hui l'objet d'importants travaux de restauration. Cette initiative de valorisation, entreprise par le Service des Sites et Monuments nationaux depuis 1995, s'inscrit aussi dans un vaste programme de développement du tourisme culturel autour d'un programme de découverte patrimonial. Ainsi, l'enquête d'opinions réalisée en 1997 par le SSMN témoigne clairement des potentialités de fréquentation touristique de l'itinéraire. C'est dans ce cadre d'intervention que l'iti-néraire culturel Vauban invite les visiteurs parcourir à pied une partie de la ville historique dans les quartiers du Pfaffenthal et de Clausen. Long de quatre kilomètres, le tracé du parcours a été choisi en fonction de sa valeur architecturale, de l'importance historique des éléments et des possibilités d'approche de la flore et de la faune de la ville basse. Parmi la vingtaine de curiosités retraçant l'histoire urbaine et architecturale sous Vauban, six étapes ont dû faire l'objet de restaurations en raison des dégradations subies lors du démantèle-ment de 1867. Respectant les chartes internatio-nales en vigueur, les éléments reconstruits sont signalés par une nervure séparant le nouveau de l'ancien. Ainsi, les deux portes dites d'Eich et des Bons-Malades, construites en 1684, ont été réno-vées en 1991 et en 1998. Le mur Vauban joignant ces deux tours n'a pas fait l'objet de travaux, mais son fossé et sa caponnière de protection ont été dégagés, afin de redonner à cet ensemble son aspect de puissance et d'harmonie d'antan. La visite du site s'effectue par le chemin de ronde et se termine par un spectacle audiovisuel qui sera aménagé ultérieurement dans la tour des Bons Malades. Afin de faciliter le passage des visiteurs au- dessus de la porte du chemin de fer (1858), une passerelle à l'aspect contemporain a été intégrée aux restaurations existantes. Toute confusion avec les ouvrages historiques est ainsi évitée. La décou-verte du front de la vallée de l'Alzette prend fin dans l'ouvrage à couronne du Niedergrünewald (1684-1685). Là encore, des excavations et des déblaiements, notamment au niveau du bastion gauche et du réduit, ont dû être réalisés afin de comprendre la position dominante et stratégique de cet ouvrage. La jonction avec le groupe fortifié du front du Parc s'effectue par un sentier écologique qui aboutit au Fort Thungen. Cet ancien fort de 1732, aménagé aujourd'hui en musée de la forteresse a pour vocation d'interpréter le patrimoine fortifié de Luxembourg dans un contexte historique européen. Sa muséographie élaborée selon un concept didactique, artistique mais aussi scienti-fique (colloque, table ronde, etc.) montre que l'identité culturelle luxembourgeoise s'est aussi forgée autour de sa forteresse.A ctuellement, l'avancement des travaux de déblaiement, de restauration et d'aména- gement du Fort Thungen ne permettent qu'une ouverture partielle du musée. Toute-fois, les parties visibles permettront de prendre toute la mesure d'un fort du XVIII' siècle: casemate de tir, infrastructure de protection contre les bombardements, fourneaux .à mine, galeries souterraines, etc. La visite de l'itinéraire culturel Vauban se poursuit en empruntant une galerie creusée en sous-sol, destinée autrefois à. évacuer la garnison. Emergeant des profondeurs souter-raines, les visiteurs peuvent admirer l'impressionnant dispositif défensif de l'ouvrage corne Obergrünewald (1684-1685). Entièrement enterré après le démantèlement du traité de Londres, le complexe a été dégagé pour laisser admirer la richesse de ses éléments: demi-bastion, courtine, ravelin avancé, poudrière, corps de garde. L'ensemble du site fera l'objet d'un défrichement puis d'une mise à. jour complète dans un proche avenir. Par ailleurs ce haut lieu de mémoire militaire inscrit dans le programme de l'institut des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe fait actuellement l'objet d'un travail de mise en réseau transfrontalier à travers un itinéraire culturel des sites fortifiés. Le Service des Sites et Monuments nationaux de Luxembourg, à qui l'on doit déjà le circuit Wenzel, inau-gurera le 12 mai 1999 le nouvel itinéraire culturel Vauban. Cyril Savin 37


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