07/06/1999 18:30 Il y a : 20 yrs

Sissi, Don Camillo, Phileas Fogg et... beaucoup d'autres

Catégorie : 61/1999 - Les Années '50 61/1999 - Les Années '50
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?Sissi, Don Camillo, Phileas Fogg et ... beaucoup d'autres Les années 50 apparaissent comme un véri-table âge d'or de l'exploitation cinématogra-phique. Comme dans la plupart des pays voisins, la fréquentation des salles de cinéma ne cesse d'augmenter pratiquement tout au long des années 50. Grâce à son accessibilité (nombreuses salles, prix abordables et sujets populaires), le cinéma est le principal moyen de divertissement d'un très grand nombre de Luxembourgeois. Il détient pratiquement le monopole des loisirs de masse. La télévision n'est qu'a ses débuts tandis que la voiture est encore un objet de luxe réservé une minorité privilégiée. Le prix d'entrée, qui varie en fonction des places, est peu élevé. Parmi les plus grands succès populaires de la décennie 1950-1959 comptent e.a. Around the world in 80 Days (Michael Anderson / 1956 / USA): 32.732 spectateurs à Luxembourg-Ville, Im Weigen Rössel (Willi Forst / 1952 / RFA): 26.209 spectateurs, Le petit monde de Don Camillo (Julien Duvivier / 1952 / FR-IT): 23.133 spectateurs ainsi que Quo Vadis (Mervyn Le Roy /1951 / USA) et The Robe (Henry Koster! 1953 / USA). 1 La popularité du cinéma se reflète aussi dans le véritable foisonnément de salles dans toutes les régions du pays ere 1948 et 1958. Le ffEr. rte Filmgeschichte eingehen irkliches teisterweris der iinwan d :rt? iálui Le triomphe des salles obscures au cours des années 50 parc des cinémas de la ville de Luxembourg passe pendant ce temps-là de 5 à 8 salles. En 1959, 52 salles de cinéma sont exploitées dans 24 localités luxembourgeoises. Le taux de fréquentation par séance est élevé. Certains films attirent plus de 20.000 spectateurs en 2 semaines d'exploita-tion! A cet égard il faut souligner qu'a l'époque la capacité des salles de cinéma était particulière-ment importante. Les 4 principales salles de la capitale (?Marivaux", ?Victory", ?Eldorado", ?Capitole") pouvaient ainsi accueillir en moyenne plus de 700 spectateurs par séance. Le public luxembourgeois profite d'un grand choix de films. En 1954, 557 films différents sont projetés dans les 8 salles de la ville de Luxembourg contre 284 en 1998. Certaines salles comme le ?Yank" ou le ?Cour", passent en moyenne deux films par semaine. Les prolonga-tions sont rares: 13 films sur 606 restent à. l'af-fiche plus d'une semaine en 1955! Jusqu'à l'ouverture du ?Ciné-Cité" au centre-ville en octobre 1958, toutes les salles importantes de la ville sont situées dans le quar-tier de la gare. Certaines salles se sont spécia-lisées dans un genre ou un style de films. Le Yank", qui dans les années 30, sous le nom d' ?Ecran" , projetait essentiellement des produc- 17 eindpcksvoleft rik,veelowooisAk:#48..!ll ? 8.4.,:p..c.?;.5. 51.pr ? $011111910M1M11 Llkatinffigtov liii der Wu Mon iitellagejilinals Donnerstag, iiiiiiiür Ansp ru chsviilt , . ga' tische Meisterwerk in:lifr . 1NCENT" und ?Dr. Ir . - CLOCHE, dem Seb ? ? b lore:.-.1s.! FIART * Charles YAWL:. ',Y.,,,,,_ _.1 ?? ,.. :, ? ER,* Marie-France pLA,41 ,MILEMN * René suivait,: ? _. . , . , EZE,18 En haut: ?Ciné de la Cour", une salle dont les origines remontent jusqu'en 1917. Le ?Ciné Cité" en 1958, l'année de son inauguration. La première grande salle au centre-ville. tions françaises, fait honneur à son nouveau nom en se spécialisant après la Seconde Guerre mondiale dans le cinéma américain de série B (westerns, péplums, films d'aventures, de science fiction et de guerre). A l'opposé, le ?Victory" propose essentiellement des films alle-mands. Le ?Marivaux", la salle la plus presti-gieuse de la Ville, projette les grosses productions américaines ou françaises. Les deux salles ?Capi-tole" et ?Eldorado" appartenant à la famille Reckinger font une part à peu près égale aux films américains, allemands et français. Le ?Ciné de la Cour", la seule salle commerciale du centre- ville jusqu'en 1958, n'attire que peu de specta-teurs avec la projection de reprises ou de films de moindre envergure. Le ?Florida" à Eich se spécialise dans les reprises de films grand public, tandis que le ?Vox" fonctionne à partir de 1955/56 comme une véritable salle d'Art et d'Essai. La plupart des exploitants suivent de près l'évolution technologique (e.a. le CinémaScope) destinée à améliorer la qualité et surtout l'attrait du spectacle cinématographique. Le lancement publicitaire des films projetés à Luxembourg n'est pas laissé au hasard. Les ?pages de cinéma" publiées par les différents organes de presse luxembourgeois ne suffisent guère aux exploitants luxembourgeois. Ils sont bien conscients qu'au cinéma, tout comme dans les fêtes foraines, le spectacle doit commencer dans la rue, et que la publicité pour les salles de cinéma passe essentiellement par les panneaux et affiches exhibés sur les frontons des salles et dans les nombreux magasins ou cafés de la ville, ainsi qu'à travers des fameux ?Giel Bliedercher". C'est à partir de 1952 que les exploitants de la ville éditent cette feuille de publicité hebdoma-daire imprimée sur papier jaune, regroupant toutes les salles de la capitale à l'exception du ?Vox" et du ?Ciné de la Cour" et distribuée gratuitement à tous les ménages de la ville. Le cinéma profite aussi d'une grande accep-tation sociale qu'il doit e.a. aux nombreux galas et avant-premières organisés régulièrement dans les salles par différentes associations (?Amitiés Françaises", ?American-Luxembourg Society", etc.). Ces soirées n'assurent pas seulement une bonne publicité aux films qui y sont présentés, mais la présence régulière et massive à ces soirées de personnalités de la vie politique et sociale renforce la respectabilité du spectacle cinématographique en tant que tel. Le cinéma ne se limite plus au vulgaire divertissement popu-laire. Il est élevé au rang d'événement mondain. Ce statut privilégié dont profite le cinéma se reflète aussi dans la presse du pays. Si le Luxem-bourg ne dispose pas de publications cinémato-graphiques spécialisées, le T Art est pourtant bien représenté dans la presse écrite. Tous les quotidiens luxembourgeois de l'époque publient une page de cinéma hebdomadaire, de qualité et d'intérêt très divers, renforçant la popularité du cinéma auprès du grand public.Un engouement particulier pour le cinéma allemand Si le nombre de films allemands ne cesse d'augmenter sensiblement à partir de 1948, ceci est certainement dû au formidable succès commercial de ces films qui attirent en général plus de spectateurs que les productions françaises ou même américaines. Le succès des films d'origine allemande, à peine trois ou quatre ans après l'Occupation est tel, que le ?Luxem-burger Wort" tient à souligner que cette popula-rité ne peut guère être interprétée comme une profession de foi pro-allemande. Tout au long des années 50, la tendance va se renforcer. A Luxembourg-Ville, la salle ?Victory" se spécialise avec succès dans le cinéma allemand et autri-chien. Sans détrôner Hollywood au niveau du nombre de films programmés (en 1955, sur 498 films présentés dans les 46 salles qui existent alors, 245 sont américains,148 allemands, 67 français, 19 anglais et 12 italiens), le cinéma alle-mand va pourtant devancer les productions américaines pour ce qui est du nombre de spec-tateurs. Parmi les grands succès allemands ou autrichiens à Luxembourg, on trouve la trilogie de Sissi, le film de guerre 08/15 (22.164 specta-teurs), les films musicaux comme Das Land des Lächelns (22.171)2 ou Die Försterchristl (20.548) et surtout les nombreux ?Heimatfilme" comme Im Weißen Rössel (26.209 spectateurs à Luxem-bourg-Ville) ou Grün ist die Heide (25,413). La popularité particulière du ?Heimatfilm" est bien illustrée par l'accueil enthousiaste réservé aux différentes stars du cinéma allemand et autrichien qui viennent au Grand-Duché en 1957 et 1959 pour assister à. l'avant-première luxembourgeoise de leurs films. Venus présenter leur film Das Dreimäderlhaus au ?Ciné Cité" et au ?Victory" en 1959, les acteurs Hannerl Matz et Karlheinz Böhm sont attendus par plusieurs centaines d'admirateurs et d'admiratrices lors de leur arrivée à la gare de Luxembourg! L'accueil enthousiaste réservé au cinéma allemand par le public luxembourgeois illustre bien cette contradiction encore largement répandue de nos jours entre un anti-germanisme exacerbé au niveau de la rhétorique de tous les jours (? houer Preisen") et un intérêt non dissi-mulé pour tout ce qui a trait à. la culture populaire allemande. A quoi tient cet étonnant succès? Il nous semble évident que l'élément linguistique joue un rôle non négligeable dans la popularité des productions d'outre-Rhin. Non seulement la langue allemande, à cause de sa parenté directe avec la langue luxembourgeoise, est plus acces-sible au Luxembourgeois moyen, mais dans les années 50, la connaissance du français était particulièrement déficiente auprès des généra-tions qui avaient fréquenté l'école primaire et le lycée pendant les années de l'occupation alle-mande. Il existe pourtant d'autres raisons à ce triomphe. A une époque où le Grand-Duché est un pays à l'esprit conservateur (45,2% des suffrages pour le Parti Chrétien Social en 1954l), il est évident que les ?Heimatfilme", qui sont des ?Peeping Karl- heinz": Hannerl Matz et Karlheinz Böhm à l'occasion de la première luxembourgeoise du «Heimatfilm» ?Das Dreimäderlhaus" (Ernst Marischka) en 1959 Des alternatives à la programmation commerciale films particulièrement conformistes, faisant une distinction claire et nette entre le bien et le mal, prônant des valeurs traditionnelles et idéalisant la vie champêtre ainsi que les structures sociales de la campagne, touchent la corde sensible de bien de Luxembourgeois dont les valeurs sont essen-tiellement d'origine rurale. Les pays les mieux représentés dans la programmation luxembourgeoise sont les Etats- Unis, l'Allemagne de l'Ouest et la France. Les projections de films d'origine italienne, britan-nique ou soviétique restent exceptionnelles de même que les oeuvres non commerciales ou marginales. La grande majorité des productions projetées dans les salles de la capitale et du reste du pays sont des films à caractère populaire, s'adressant essentiellement à. un grand public. Une telle programmation ne satisfait pourtant guère les attentes du spectateur cinéphile prêt affronter des films d'accès plus difficile. Au cours des années 50, plusieurs initiatives sont prises afin de remédier à. cette situation, comme par exemple l'organisation en décembre 1954 d'un festival du cinéma italien, destiné promouvoir les films transalpins au Grand- Duché. Parmi les films programmés à. l'occasion de ce festival, on trouve entre autres le chef- d'oeuvre La Strada projeté à. l'? Eldorado" en présence de l'actrice principale Giuletta Masina et du réalisateur Federico Fellini! Pour pallier l'absence quasi totale de films en provenance des pays de l'Est, est organisé en 1956, à l'occasion de la nomination du premier ministre plénipotentiaire soviétique au Grand- Le cinéma, révélateur social et politique des années 50: censure et polémiques Duché, un premier ?Festival du Cinéma Soviétique", patronné e.a. par les ministres Joseph Bech, Pierre Frieden et Victor Bodson. Afin de mieux rendre justice à. la richesse de l'art cinématographique et de veiller à une alter-native à. la programmation des salles commer-ciales, sont créés aussi deux ciné-clubs: Celui de l'organisation estudiantine de gauche ?ASSOSS" et le ?Ciné-Club Forum", lancé sur initiative de Pierre Grégoire, journaliste du ?Luxemburger Wort" et Lucien Maas, collaborateur régulier de la page cinéma du quotidien catholique. C'est le même Lucien Maas, qui s'occupe de la programmation du cinéma ?Vox" qui devient un ?Cinéma d'Essai" en 1956. En projetant systématiquement des reprises de films histori-quement et artistiquement importants, la programmation du ?Vox" des années 1956-63 se rapproche à. certains égards de celle d'une véritable cinémathèque, tout en étant soumise aux contraintes intrinsèques à une exploitation commerciale. A un moment où le cinéma représente le principal loisir des Luxembourgeois, il est évident que certains groupes sociaux ou politiques mani-festent leur peur devant l'impact du cinéma sur le public. Leur volonté de protéger la société de ?l'influence néfaste" de certains films se reflète non seulement dans la façon dont l'Etat inter-vient dans la programmation par le biais de la censure (deux films ont été interdits au Luxem-bourg entre 1949 et 1959), mais aussi dans les polémiques autour de certains films, provoquées par la droite catholique (dans le cas de films jugés 19immoraux tels que Die Sünderin ou Clochemerle) tout comme par la gauche communiste (à propos de certains films militaristes ou anticommunistes américains). La première affaire de censure de l'après- guerre concerne la comédie satirique allemande Der Apfel ist ab de Helmut Käutner. Les motifs invoqués pour justifier l'interdiction sont intéres-sants. On reproche e.a. au film l'absence de ?toute valeur artistique, scientifique, culturelle et morale" .3 Cet argument à. lui seul n'aurait cepen-dant pu suffire à légitimer une interdiction. Plus déterminant dans la décision du gouvernement a été sans doute ?la représentation burlesque de la vie au ciel et au paradis" au risque de ?choquer les sentiments religieux d'une grande partie de notre population."' En janvier 1951 est interdit par arrêté mini-stériel Because of Eve (Howard Bretherton / 1948), un mélange de fiction et de documentaire caractère éducatif sur la sexualité, touchant des sujets comme les maladies vénériennes, la procréation et l'accouchement. L'affaire provoque une polémique violente entre forces de Gauche et de Droite. L'affaire qui fait couler le plus d'encre au cours des années 50 est celle du film allemand Die Sünderin, l'histoire d'une prostituée issue d'un milieu bourgeois qui tombe amoureuse d'un peintre souffrant d'une tumeur au cerveau. Elle change de vie et s'occupe d'une manière dévouée de l'homme malade. Lorsque ce dernier lui demande de le tuer afin de le délivrer de ses souffrances, elle accepte et décide même de suivre son amant dans la mort. Federico Fellini, invité d'honneur d'un festival du cinéma italien organisé en 1954 au cinéma ?Eldorado". © Photothèque de la Ville de Luxembourg Pour plus d'amples informa-tions sur le sujet, veuillez vous référer au livre ?Le Luxem-bourg des années 50. Une société de petite dimension entre tradition et modernité", Publications scientifiques du Musée d'Histoire de la Ville de Luxembourg, tome Ill, Luxembourg 1999. 20 A l'image de l'Allemagne et de l'Autriche, le film soulève un tollé de protestations dans la communauté catholique luxembourgeoise. En dépit d'un appel en forme de lettre adressée aux exploitants luxembourgeois par Mgr. Jean Bernard, directeur du ?Luxemburger Wort", les sollicitant de ne pas programmer le film Luxembourg, Die Sünderin passe au ?Ciné Mari-vaux" en novembre 1951. L'Eglise luxembour-geoise et le ?Luxemburger Wort" ne tardent pas réagir contre le ?film à scandale" allemand. Dans un long article, Jean Bernard tient d'abord souligner que ?la réprobation des catholiques face à la production de Willi Forst est moins provoquée par la fameuse scène osée" du film (on voit pendant quelques courts instants les seins dénudés de l'actrice Hildegard Knef) que par la morale véhiculée: ? Weil dieser Film nicht nur anstößige Bilder bringt (....) sondern in bezug auf Liebe und Hingabe eine Tendenz verfolgt, welche, in eine verführerische Form gekleidet, die absolute Negation alles dessen ist, was wir anständig und christlich nennen. '° Dans le contexte de la période d'après-guerre, le fait qu'un film traitant de l'euthanasie soit allemand ne joue pas en sa faveur: ?Man sollte meinen, der Krieg habe uns wahrlich Schmutz genug von jenseits der Mosel herübergeschwemmt. L'article de Bernard est avant tout une mise en garde résolue et sévère à l'adresse des catho-liques de ne pas aller voir le film. L'opposition au film est telle, que durant le weekend, une centaine de jeunes manifestants protestent bruyamment devant le ?Marivaux" afin de marquer leur désaccord avec Die Sünderin. Malgré ce tollé de protestations, le film n'est pas interdit. En dépit de l'absence d'une production cinématographique nationale', qui favorise généralement la fréquentation des salles obscures dans un pays, les Luxembourgeois s'avèrent être des amateurs de cinéma assidus au cours des années 50. Dans ce sens, il n'est pas abusif de parler d'un véritable âge d'or du cinéma au Luxembourg. La crise de l'exploitation cinématographique internationale, due e.a. à. la concurrence de plus en plus massive de la télévi-sion', ne touche le Luxembourg qu'assez tardive-ment. La chute de la fréquentation, qui s'an-nonce dès 1959, ne devient dramatique qu'A partir de 1962, engendrant la fermeture progres-sive de la majorité des salles de cinéma luxem-bourgeoises, réduisant le parc des exploitations cinématographiques du pays à 8 en 1979.9 Paul Lesch 1) Nous ne diposons pas de chiffres concernant le résultat de ces deux derniers films. Certaines sources laissent cependant entendre que Quo Vadis et The Robe ont connu un très grand succès à Luxembourg. 2) Estimation. ') Arrêté ministériel du 8 décembre 1949, cité dans Alphonse Spielman, ?Liberté d'Expression ou Censure", Luxembourg, 1982, p. 97. °) Ibidem. 5) ?Luxemburger Wort", 10 novembre 1951. 6) Ibidem. 7) A l'exception des documentaires et des films de publicité réalisés sous les auspices de l'Etat par Philippe Schneider, le seul cinéaste professionnel du pays à. l'époque. 8) L'élargissement du parc d'automobiles a joué aussi un rôle non négligeable dans la chute dramatique des spectateurs. 9) Entre 1961 et 1969, la fréquentation annuelle tombe de 4.385.826 à 1.474.680 spectateurs! Pol Aschman


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