08/03/2003 15:13 Il y a : 16 yrs

La Collection Luxembourgeoise du Musée National d'Histoire et d'Art

Catégorie : 73/2003 - Enfance 73/2003 - Enfance

?La Collection Luxembourgeoise du Musée National d'Histoire et d'Art Dans les années vingt et trente du siècle dernier les tableaux de Joseph Kutter étaient sévèrement jugés. Mal aimé de ses compatriotes, incompris par ses collègues, qui condamnaient son art et lui étaient franchement hostiles, Joseph Kutter s'est vu attaqué dans les journaux et par le public. Il a en effet travaillé dans un milieu où peu de gens approuvaient les recherches novatrices et où les résistances contre elles étaient vives. Pourtant l'artiste a persévéré dans son cheminement artistique, même s'il se sentait incompris intellectuellement et artistiquement isolé. Mais malgré les critiques décourageantes qui accueillaient chacune de ses productions Kutter a toujours refusé les offres d'accueil qui lui venaient de l'étranger. Ces derniers cinquante ans le jugement qu'on porte sur lui a bien changé et de nos jours tout le monde est d'accord pour partager l'avis du critique luxembourgeois Joseph Emile Muller, qui a affirmé, dès les années quarante, que Joseph Kutter «est celui qui à Luxembourg a introduit la grande peinture et qui dans l'histoire de la peinture a introduit le nom de Luxembourg». D'ailleurs en 1986, pour le quarante-cinquième anniversaire de la mort du peintre, le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris lui avait consacré une importante rétrospective, reprise par la suite par la galerie d'art municipale Musée Pescatore / Villa Vauban, alors que dans les décennies suivant la guerre d'autres grandes expositions avaient déjà été organisées aussi bien en France qu'en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. De nos jours ce peintre rénovateur à la création personnelle vigoureuse et puissante, pour qui la primauté du fait pictural l'a toujours emporté sur l'anecdotique et le narratif, est considéré comme l'artiste le plus important du Luxembourg. Plus de soixante ans après sa mort il reste la principale référence artistique au Luxembourg et une figure de proue de l'art luxembourgeois. Joseph Kutter (né le 13 décembre 1894 à Luxembourg et y décédé le 2 janvier 1941) 7:r.WkS p,N4 Autoportrait - huile sur toile (1919) t, Pour beaucoup de gens Joseph Kutter est avant tout le peintre de la tristesse et de la mélancolie, même si tel ne fut pas le cas à ses débuts. Ce mal de vivre, signe avant-coureur d'une maladie mystérieuse qui finira par l'emporter en 1941 à l'âge de 46 ans, s'installe progressivement dans tous ses tableaux, qu'il s'agisse de ses paysages, de ses autoportraits, de ses personnages (le Champion, l'Homme au doigt coupé) et même de ses portraits de femmes (la Bâilleuse, la Servante, la Femme accoudée) et d'enfants (Le Cheval de bois, les Indiens, Enfant à l'atelier, Intérieur aux trois figures), ou encore de ses bouquets de fleurs aux teintes claires et vives se détachant sur des fonds sombres aux touches noires qui en accroissent le rayonnement. Il se transforme même carrément en désespoir dans oies Clowns». De ces autoportraits subconscients», comme les désigne son ami Robert Stumper, l'artiste réalise près de quinze versions différentes entre 1936-38. Mais même si la peinture de Kutter, dans laquelle l'artiste met tout son coeur, toute son âme et son esprit tourmenté, est d'une tristesse accablante, elle n'est pourtant jamais morose. Même vers la fin de sa vie ses «Clowns», si poignants et tragiques, continuent à frapper par leurs volumes fermes, géométrisés et rigoureux. Joseph Kutter est le fils d'un photographe. Il est né le 13 décembre 1894 à Luxembourg, dans une maison de la rue Wiltheim. Pendant ses études à l'Ecole d'Artisans de Luxembourg il fait déjà partie du «Kunstverein Luxemburger Studenten». Il fréquente ensuite les Ecoles des Arts Décoratifs de Strasbourg et de Munich (1911-14), où il est marqué d'abord par l'esthétique réaliste avant de se tourner vers la peinture- «Intérieur aux trois figures» - huile sur toile (1940) moderne, celle de Cézanne notamment, qui l'impressionne beaucoup et dont on retrouve l'influence dans l'autoportrait de 1919. Par la suite il se laisse tenter par l'expressionnisme, allemand d'abord, puis français et flamand. La période munichoise est cruciale pour l'évolution de l'artiste, qui s'installe à Munich oh il épouse Rosi Sedlmayr, étudiante aux Beaux- Arts et fille d'un riche commerçant munichois. De retour à Luxembourg en 1924 le peintre se trouve sévèrement critiqué. Pourtant il reçoit la même année le Prix Grand-Duc Adolphe et cela malgré les contestations qu'ont suscitées ses nus, alors qu'à Paris et à Bruxelles on les a acclamés. Après avoir participé dans son pays natal aux différents Salons de la Sécession (1927-30), Kutter expose en 1930 au Salon d'Automne à Paris d'Homme au doigt coupé» considéré par les critiques comme la pièce maîtresse de ce salon. Il est honoré l'année après d'une exposition particulière à la Galerie Le Centaure de Bruxelles. Les critiques belges et français le remarquent et l'acclament. Pendant les dix années à venir il voyage beaucoup. De chacun de ses voyages il ramène des paysages empreints de sa propre mélancolie. Sous ses yeux même la Méditerranée s'assombrit et le ciel vénitien devient ténébreux. En 1936 Kutter est chargé de réaliser deux grandes compositions (Luxembourg et Clervaux) pour le pavillon du Grand-Duché à. l'Exposition Universelle de Paris en 1937. Dans la vue qu'il donne de la Corniche il accentue l'étagement des maisons, souligne la verticalité des :51W; terint ? constructions simplifiées en cubes, accuse le côté sévère des murailles et renforce la solidité des fortifications. Sa vision est bien loin de celle d'un William Turner. Joseph Kutter meurt le 2 janvier 1941 à. l'âge de 46 ans, terrassé par une apoplexie foudroyante. Les tableaux de Kutter, auxquels on peut trouver une parenté évidente avec Derain, Vlaminck et Gromaire, sont souvent des compositions très grandes au geste large, aux couleurs sombres et riches, graves et foncées, contrastant avec des touches de teintes claires. Ses paysages mélancoliques et expressionnistes aux fortes perspectives linéaires font renaître l'atmosphère âpre, fruste et rude des villages de l'Oesling avec ses toits si gris et son ciel plombé. En ce qui concerne ses personnages ils sont toujours placés au premier plan, debout ou assis, immobiles, impassibles. Avec leurs carrures imposantes ils ont un aspect robuste, lapidaire, monumental. L'ovale du visage s'y trouve interrompu le plus souvent par un chapeau et le cou est délimité par un tricot. La mélancolie qui apparaît surtout à partir de 1934 chez tous ses personnages se manifeste aussi chez les enfants. Kutter met sa propre gravité, sa fatigue et sa tristesse dans ces visages enfantins qui nous fixent avec un regard d'adulte. Ses enfants restent figés dans une raideur embarrassante. Georgette Bisdorff 37


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