13/06/2008 18:34 Alter: 11 yrs

Greetings from Luxembourg

Kategorie: 88/2008 - Tourismus 88/2008 - Tourismus

?De Luxembourg â. Paris ou Lille en 6h30 et à. Nancy en 2h30! A l'heure du TGV on reste songeur devant une telle affiche prô-nant dans les années 20 du siècle dernier les progrès des Chemins de fer de l'Est. C'était du temps où se rendre à. Paris était encore une aventure, où pour aller à. la Moselle ou à. Echternach on prenait le train, respec-tivement le «Jangeli» qui peinait dans les montées de Remich et de Hesperange ou le «Chareli» qui passait par le pont Adol-phe et L'avenue de la Liberté en noircissant par la fumée dégagée par la locomotive les façades des maisons, où voyager à. l'étran-ger était réservé à. une certaine élite, où les Luxembourgeois passaient leurs vacances dans leur propre pays qu'ils commençaient à. découvrir grâce à. une plus grande mobi-lité, où on ne partait pas trois fois par an à. l'autre bout du monde, où on ne parlait ni de vacances de neige, ni de «Péngschtcroi- sière» et où le tourisme de masse, traînant dans son sillage les grandes migrations esti-vales avec leurs bousculades, leurs embou-teillages, leurs files d'attente, n'existait pas encore. Cette affiche fait partie de l'exposition «Greetings from Luxemburg- un voyage à. travers le monde du tourisme» organi-sée par le Musée d'Histoire de la Ville de Luxembourg à. l'occasion du soixante-quin-zième anniversaire de l'Office du Tourisme. L'exposition, dont les commissaires sont Guy Thewes et André Linden et qui dure jusqu'au 12 octobre, aborde les innombra-bles thèmes qu'on peut broder autour du tourisme en général et nous emmène dans ses coulisses. Vaste programme, impossible à. embrasser dans sa totalité! Respectant la nouvelle muséologie et pratique muséale selon lesquelles tout musée est un lieu d'in-terrogation et le public pas seulement un récepteur mais aussi un acteur, un visiteur actif, un co-constructeur de son parcours de visite qui se voit aidé dans sa démarche par les nouveaux outils technologiques, l'exposition laisse l'initiative de la décou-verte aux visiteurs, n'approfondit pas les thèmes proposés, laisse planer le vague et ouvre le chemin à. tout questionnement sans fournir de réponses précises. A tout un chacun de se former son opinion bien à. lui 18 Greetings from Allégorie de la "ville ouverte" (1878) MHVL et d'y réfléchir selon ses propres acquis et ses expériences personnelles, ce qui peut éventuellement en laisser plus d'un sur sa faim, qui aimerait davantage de détails, de précisions, de profondeur, de cohérence. Dans une quinzaine de salles aux thèmes différents, mille et une idées sont lancées en l'air et effleurées, ce qui nous vaut une multitude de touches à. l'instar d'un pat-chwork. Aussi dès l'entrée plusieurs grou-pes de pions disposés chaque fois autour d'un thème majeur nous rappellent que faire du tourisme ne se réduit nullement à. voyager, mais que derrière ce mot se ca-che toute une multitude d'aspects portant sur des structures sociales, économiques, commerciales, politiques et culturelles, allant de l'offre d'emploi jusqu'à la vente du simple petit souvenir en passant par la promotion publicitaire, les statistiques, les retombées négatives, l'histoire, l'évolution, la démocratisation et internationalisation du tourisme, les opérateurs touristiques, les loisirs, la mobilité, les voyages organisés où les touristes bien encadrés suivent comme des moutons de Panurge un guide qui «ne montre que ce qu'il veut bien montrer», le contact avec les autochtones, les rêves d'évasion, les raisons de voyager, l'hôtelle-rie, la restauration, etc. Justement parlons-en de la restaura-tion. Quand on demande à. un Luxem-bourgeois quelles sont ses impressions de voyage, on obtient presque toujours la même réponse: «Den Hotel war excellent a mir kruten gutt a vill z'iessen». Ce sont des facteurs importants pour tout voya-geur et l'exposition illustre de façon origi-nale cet aspect en présentant les spécialités culinaires du Luxembourg sur une grande assiette sur laquelle sont projetés tour à. tour des tartines alléchantes recouvertes de cancoillotte, des écrevisses, des tranches de cochon de lait en gelée ou encore le fameux «Judd mat Gardebounen». Apparaissent à. chaque fois des mains et des couverts se précipitant sur les différents mets et vidant l'assiette en un rien de temps. Mais avant de partir en voyage il y a le casse-tête des bagages. Que de cho-ses utiles ou inutiles fourrées dans les va-lises sur lesquelles il faut parfois s'asseoirLuxembourg Christof Weber C) MHVL pour réussir à. les fermer! Aussi a-t-on un sourire amusé aux lèvres en parcourant la salle «Faire les valises» avec son incroya-ble bric-à-brac d'objets hétéroclites, tantôt insolites, tantôt vieillots, qui constituent la panoplie du parfait voyageur tout en nous rappelant nos propres manies, nos propres angoisses au moment de quitter son chez- soi et sur lesquelles on pourrait philosopher longtemps. Ces objets qu'on emporte ne révèlent-ils pas une partie de notre carac-tère et ne traduisent-ils pas notre désarroi, nos craintes et notre appréhension au mo-ment de partir vers l'étranger où l'inconnu qui nous attend va nous priver de notre confort quotidien et de nos chères habitu-des? Et comment faire en terre étrangère pour nous protéger des intempéries et des maladies, pour nous munir contre les im-prévus? Ne sommes-nous pas tous pareils aux enfants qui emportent leur jouet favo-ri, leur ours en peluche, pour se donner de l'assurance et de la contenance? Originale aussi l'installation intitulée «Le centre du centre», de Marco Godinho, un artiste portugais vivant au Luxembourg, qui remet en question le slogan «Luxem-bourg coeur de l'Europe» diffusé par la promotion touristique luxembourgeoise. Or d'un autre côté cette situation géogra-phique centrale, que tant d'étrangers nous envient, nous permet de rayonner tout autour. La preuve en sont les nombreux voyages culturels de plus en plus à la mode qui permettent aux Luxembourgeois de visiter, parfois le temps d'une journée, les grandes expositions qui se tiennent chez nos voisins, que ce soit à Paris, Bruxelles, Francfort, Bonn ou ailleurs. Contrairement à son titre le «Cimetière des souvenirs» ne parle pas de l'industrie des souvenirs de vacances, de ces objets que tout bon touriste est supposé rappor-ter chez soi et qu'on finit souvent par jeter au bout de quelques années, mais nous rappelle que les sites touristiques sont aussi soumis à. la loi de l'éphémère, que leur lon-gévité est limitée et qu'après avoir connu un maximum d'affluence et d'intérêt, ils re-tombent dans l'oubli. Qui songerait encore x à. aller visiter la tombe du «Hauptmann von Koepenick», alias le cordonnier Wilhelm 19Voigt, décédé en 1922 au Luxembourg où il est enterré au cimetière Notre-Dame? Malheureusement les responsables de l'ex-position ont cru bien faire pour évoquer la tombe du «capitaine», de déposer les do-cuments réunis sur lui par terre sous une vitrine, ce qui oblige le visiteur à se mettre genoux à même le sol pour les étudier de plus près. Et qui se souvient encore des Pères Blancs de la Société des Missions Africaines du Marienthal? Leur petit musée colonial suscitait la curiosité des adultes comme des enfants dans l'après-guerre. C'était un lieu recherché pour les excursions du dimanche. C'est là que tout jeune enfant j'ai pu voir mon premier lion, empaillé bien sûr, exposé parmi d'autres animaux sauvages, des ar-mes de chasse et des masques provenant du continent africain. Si le musée exotique du Marienthal était à l'époque un lieu de visite incontour-nable, il en allait de même des différents châteaux du pays, ceux de Bourscheid et de Vianden avant tout. Ruines non encore restaurées, ils étaient le but de toute ex-cursion scolaire qui ne menait pas encore Disneyland Paris ou au Phantasialand de Brühl. Chaque élève profitait de la visite pour envoyer des cartes postales à toute la famille et le soir en rentrant on avait l'im-pression d'avoir découvert le grand monde. C'est également avec fierté que mes pa-rents montraient à nos amis étrangers, et même aux soldats américains et à leur fa-mille habitant le même immeuble que nous, ces vestiges d'un passé lointain. Il est donc évident que l'exposition accorde aussi une place de choix aux châteaux de notre pays. C'est avec intérêt qu'on y découvre ou re-découvre notamment les dessins de Fresez (1800-1867), car il ne faut pas perdre de vue le fait que ce sont justement les pein-tres paysagistes du dix-neuvième siècle qui ont joué «un rôle important dans la décou-verte et la sélection des principales curiosi-tés touristiques» de notre pays et que c'est Fresez que revient le mérite d'avoir établi en quelque sorte un premier inventaire des plus beaux sites du Luxembourg dont il a réuni la majeure partie dans son «Album pittoresque du Grand-Duché de Luxem-bourg» paru en 1857. Depuis ces mêmes 20 motifs ont été reproduits d'innombrables fois par d'autres peintres en attendant de se retrouver sur des cartes postales grâce l'usage de l'appareil photographique qui devenu entre-temps numérique fait aussi partie de la panoplie de chaque touriste qui se respecte. L'affiche joue également un rôle im-portant dans la promotion touristique. «Support idéal» pour séduire le visiteur et «véritable icône dans l'imagerie collective», l'affiche apparaît au début du 20ème siècle dans le but «d'informer sur les activités de loisirs et les beautés naturelles du pays». Parmi les créateurs d'affiches, on retrouve les noms de nos meilleurs peintres comme Greetings from Luxembourg Schaack, Rabinger, Gillen, Heyart, Gerson et bien d'autres, qui eux aussi reprennent tous plus ou moins les mêmes motifs desti-nés à attirer un maximum de visiteurs, car tout comme sur les dépliants touristiques, la promotion publicitaire ne va pas sans rivalité entre les diverses régions ou loca-lités. Certes notre pays, bien que souvent privé de soleil et dépourvu de plages, de grands lacs et de hautes montagnes et donc pas forcément un paradis de vacan-ces, compte malgré tout de nombreux si-tes touristiques. Mais à défaut on peut en créer. D'ailleurs certains lieux devenus des attractions touristiques par excellence sont des «créations ex novo», comme le raconte une autre salle de l'exposition qui, avec ses plans d'aménagement et ses relevés de tra-vaux effectués dans les casemates sous la direction de 1.-P. Koltz, évoque la remise en valeur du côté nord du Bock qui constitue un «bel exemple de ce processus de fa-brication de curiosités». En effet, suite au démantèlement de la forteresse, Edouard André, architecte paysagiste français, a transformé une ancienne tour d'ouvrages en une ruine médiévale devenue la «Dent creuse». Il en va de même pour le Monu-ment du Millénaire qui en 1963 a été ins-tallé à. l'emplacement hypothétique de l'an-cien château comtal. Et c'est justement sur le rocher du Bock que s'arrêtent tous les cars touristiques dé-versant en période estivale leur flot quoti-dien de touristes, parmi lesquels on remar-que de plus en plus de visiteurs asiatiques en train de détrôner chez nous le nombre de touristes néerlandais. L'exposition réser-ve toute une salle à ce phénomène qui n'est pourtant nullement spécifique au Luxem-bourg. Les murs recouverts de caractères japonais ou chinois devraient inciter le vi-siteur à se poser des questions sur le sen-timent d'aliénation qu'éprouve le voyageur en terre inconnue, désorienté et perdu qu'il est dans un pays dont il ne comprend ni la langue ni l'écriture. Mais pourquoi souli-gner la manie des visiteurs asiatiques à. se prendre mutuellement en photos? N'en fai-sons-nous pas autant quand nous visitons d'autres pays? N'avons-nous pas nous aussi nos manies quand nous sommes à l'étran-ger? Notre comportement vacancier ne ressemble-t-il pas aussi à. celui d'un certain Monsieur Hulot en vacances? Et pourquoi ajouter ces extraits de journaux relatant les déboires d'un couple chinois arrêté aux Ga-leries Lafayette à Paris et soupçonné d'avoir voulu payer avec un faux billet ou raconter comment des Chinois ont été abordés au Luxembourg par de faux policiers? Cela peut arriver à chacun de nous aussi bien ici dans notre pays qu'a l'étranger. D'un autre côté il est bien vrai que de plus en plus d'opérateurs touristiques font figurer sur leur programme le Luxembourg comme étape, avec un arrêt ne dépassant souvent guère trois à. quatre heures, si bien qu'il faut se demander si le Grand-Duché n'est pas en train de devenir un simple pays de transit. Si l'exposition peut irriter par sa super-ficialité, elle invite grâce à. des installations sonores, des extraits de films, de nombreux documents et objets historiques à. une pro-menade à travers le monde du tourisme, promenade qui peut séduire l'amateur d'affiches, de vieilles cartes postales et photos, d'anciens guides touristiques pas forcément illustrés à. l'époque, de cartes et de plans de ville, de dépliants touristiques, de carnets de voyage remplacés depuis peu par des blogs, tout en faisant remonter des souvenirs et en suscitant de nombreuses réflexions et mises en question. On peut avant tout se demander si, à. l'heure où les frontières tendent de plus en plus à s'effa-cer dans le contexte européen, les touris-tes de passage se rendent encore vraiment compte de l'exiguïté de notre pays qui bi-zarrement porte le même nom que sa ca-pitale. Georgette Bisdorff


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88/2008 - Tourismus

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