13/06/2008 18:35 Il y a : 11 yrs

L'hôtellerie de la belle époque

Catégorie : 88/2008 - Tourisme 88/2008 - Tourisme

?22 ? Herberge zum roten Turm, Franz Mehlen, Luxemburg, Logenstraße Nr. 6. Gute Betten zu Mk. 0.50 & Mk. 0.60. Essen und Trinken zu jeder Stunde" L II e tourisme moderne s'est développé .à ?Luxembourg dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Son essor a été favorisé par l'ex-pansion des chemins de fer et de l'industrie ainsi que par la naissance du capitalisme. Le tourisme international avait déjà pris son élan dès le début du siècle avec la création des grandes agences de voyages Cook et la publication des premiers guides touris-tiques'. Le propos de ces quelques pages est de suivre l'émergence d'une hôtellerie moderne et d'un nouveau type d'héber-gement touristique appelé .à répondre aux besoins d'une clientèle nouvelle issue de la révolution industrielle et de la prise du pou-voir par les milieux officiels et bourgeois. La Première Guerre mondiale mettra fin .à cet ordre établi, et de nouvelles formes de tourisme vont apparaître. Cette évolution fera l'objet d'une étude à part. La capacité hôtelière d'une ville forteresse Avant la création des chemins de fer, les déplacements étaient longs, pénibles et coûteux: le voyage sur la meilleure route de Bruxelles à Luxembourg prenait 28 heures en diligence, les droits de barrières étaient nombreux, et encore fallait-il organiser et financer le logement et la nourriture2. L'hôtellerie existait bien à Luxembourg, du temps de la forteresse. En absence de tout recensement statistique, et de tout statut hôtelier définissant avec précision la profession, il est hasardeux d'établir des listes exhaustives des établissements existants. A cette difficulté s'ajoute le fait que de nombreux établissements sont re-censés soit par le nom de leur propriétaire, soit par le nom commercial de la maison.t41%. VU E PRIS; DU \ PONT DU CHATEAU N ,O HÔTEL ?o E o P. B EYE rsl 5 - VVE t-I FKL , PRop Finalement, avec la reprise de l'hôtel par un nouveau propriétaire, le nom de l'établis-sement change encore. Parmi les maisons recensées se trouvent de simples pensions et auberges qui correspondent plutôt au logement chez l'habitant. En l'absence d'un guide officiel des hôtels, il est difficile d'évaluer le nombre d'établissements en activité, car chaque éditeur fait le choix des maisons qu'il recommande. Ainsi l'Eifel- führer de 1911 ne cite que trois hôtels', le guide Biermann en 1894 en présente pour-tant 17! Le Guide Joanne paru en 1895 se limite à citer cinq établissements5. Jean-Pierre Koltz parvient à évaluer le nombre des hôtels pour la période de 1800 1866 à quelques 14 établissements. Ceux- ci comprenant des écuries pour les chevaux et les voitures de leurs hôtes. Plusieurs de ces hôtels sont également le point de dé-part de services de diligences6. La plupart de ces maisons sont logées à proximité de la porte Neuve. L'hôtel le plus prestigieux était celui appelé «Cologne», qui existait déjà. au XVIlle siècle sous le nom «Zu den sieben Schwaben». L'empereur Joseph Il y résida en 1781. Du temps de la forteresse au XIXe siècle, cet établissement hébergea par ailleurs les militaires prussiens de rang élevé, des diplomates et fonctionnaires. Victor Hugo logea à l'Hôtel de l'Europe sis également à la rue de la porte Neuve8. Plusieurs établissements sont installés dans d'anciennes demeures appropriées à. leur nouvelle fonction: l'Hôtel de Venise Ast5 E L'hôtellerie d'un centre d'affaires occupe l'ancien refuge de l'abbaye d'Ech-ternach, l'hôtel Ancre d'or est installé de-puis 1774 dans l'ancien séminaire des Jé-suites, l'Hôtel de Paris a ouvert ses portes dans l'ancienne maison nobiliaire Mohr de Waldt, l'Hôtel de Luxembourg occupe une vieille maison patricienne dans la rue de l'Eau, tout comme l'hôtel Gevelinger dans la rue Marie-Thérèse (Notre Dame)9. Malgré l'absence de séries statistiques valables, nous pouvons déceler quelques mouvements de croissance. La mise en service des chemins de fer en 1859 per-mit l'établissement de quelques auberges dans les environs de la gare (Chalet Dallee, Beckesch Jängel, Clessen Anna, Mangen- Ludig, etc.). Celles-ci se distinguaient net-tement des hôtels de la ville forteresse, car ces chalets en bois établis dans le rayon de la forteresse disposaient de terrains éten-dus pour accueillir le bétail des revendeurs qui constituaient leurs premiers clients. Ces auberges offraient des écuries pour 60 à 80 animaux. Si généralement leurs tenanciers exercent également la profession de cafe-tier, certains de leurs établissements propo-sent également des salles de fêtes10. Nous nous situons donc toujours au niveau des auberges et n'atteignons pas encore le seuil de l'hôtel moderne. Installés dans d'an-ciennes demeures ou dans des chalets, ces établissements n'ont pas encore développé leur langage architectural proprell. L'ouverture de la ville après le Traité de Londres du 11 mai 1867 entraîne une réor-ganisation de l'hôtellerie, car l'identité de la ville va changer. En effet, appelé à démanteler les ouvrages militaires et à trouver une nouvel-le vocation pour la ville, le Gouvernement opte pour sa conversion en grand centre commercial et d'affaires pour l'ensemble du 2324 pays. Pour y attirer des investisseurs poten-tiels, capables de valoriser ces friches mili-taires, il va réformer, voire mettre en place, un cadre législatif performant favorisant le développement des affaires économiques et industrielles. Pour assurer au monde des affaires des conditions de travail optimales, et garantir aux nouveaux habitants attirés depuis l'étranger un milieu de vie agréable et de haut niveau, il dotera la ville d'un plan urbain quasi radioconcentrique qui corres-pondait alors à. l'approche la plus perfor-mante en matière d'aménagement de l'es-pace urbain". La première nouvelle maison à ouvrir ses portes sera, en 1873, l'Hôtel Brasseur", situé à l'entrée de la ville dans l'avenue de l'Arsenal (Emile Reuter). Cette situation semble avoir été intéressante, car l'Hôtel du Commerce qui deviendra le Grand Hô-tel Continental ouvrira ses portes en 1883 deux pas du Brasseur. En 1877 l'ancien Hôtel des voyageurs construit en bois sur l'avenue de la Gare est remplacé par l'Hôtel de la gare entièrement construit en pierre. En 1878 l'Hôtel Brosius s'est installé près d'une autre entrée en ville, sur l'avenue Marie-Thérèse. L'îlot Marie-Thérèse for-mant à son tour une entrée en ville (du côté du Viaduc) accueillera deux établissements nouveaux, l'Hôtel Cravat en 1888 et l'Hôtel Maison Rouge en 189317. Congrès International du Tourisme (1898) Notons encore que des établissements offrant le plus souvent quelques 20 cham-bres, un restaurant, des écuries et garages pour voitures et carrosses, nécessitent des superficies si importantes que seuls les ter-rains de l'ancienne forteresse pouvaient les offrir. La plupart des hôtels offrent un servi-ce «omnibus» reliant leur maison à. la gare. Il est frappant de constater à quel point le tramway de la ville favorise la fondation de nouvelles maisons le long de son trace. Les années 1890 à 1914 sont les années les plus prospères. Ce constat vaut égale-ment pour l'hôtellerie tant à. Luxembourg qu'ailleurs en Europe. Tout comme l'auto-mobilisme naissant, le cyclisme favorise l'in-dépendance des déplacements. Il a donné un coup de vent important au tourisme. Les cyclistes s'organisent partout, également au Luxembourg. En 1896 fut fondé le Touring Club Luxembourgeois ayant comme but le développement du tourisme en général et bicyclette19. En 1898 fut créée à. Luxem-bourg la Ligue Internationale des Associa-tions Touristiques LIAT. Cette fondation a connu un tel retentissement dans la presse étrangère qu'en 1899 tous les hôtels de la capitale affichaient complet20! Alors que le tourisme en automobile en est encore à ses débuts, Luxembourg figure déjà. en 1898 comme étape des grandes courses auto-mobiles Paris-Amsterdam et Paris-Berlin21.Le tourisme jusque-la axé sur les affaires et attirant tant les industriels que les commer-çants indigènes et étrangers se voit de plus en plus complété par le tourisme de loisirs qui n'amplifie pas uniquement les arrivées et nuitées, mais qui exige également des in-frastructures adaptées, une réorganisation du secteur. C'est à. cette époque que ce constitue l'organisation «Luxembourg At-tractions», précurseur du Luxembourg City Tourist Office, qui se charge déjà de l'ani-mation de la ville par des concerts publics". A l'image de l'agriculture, les hôteliers s'or-ganiseront en 1915 en société coopérative, visant l'achat en commun de produits et une promotion collective à l'étranger". Pour rassembler les capitaux nécessai-res aux investissements et pour étendre le rayon d'action de leur entreprise, plusieurs établissements familiaux profitent de la nouvelle législation sur les sociétés com-merciales de 1915 et adoptent de nou-veaux statuts. Notons au passage que la brasserie de Clausen S.A. envisageait ainsi l'exploitation d'hôtels et de restaurants24, le Grand Hôtel Brasseur se constitue en société en commandite par actions25, l'Hôtel Weber & Baur au Limpertsberg se constitue en société commerciale en nom collectif26. La réunion de capitaux propres, d'ac-tionnaires ou obtenus par voie de crédit permet donc l'agrandissement de plusieurs établissements existants, voire même leur remplacement par des édifices plus spa-cieux et modernes s'adressant à. un nou-veau type de clientèle. C'est notamment le cas des établissements situés près de gare, construits en bois en raison du rayon de l'ancienne forteresse, ils procèdent à. de nouvelles constructions en pierre. En ville, l'Hôtel Brasseur s'agrandit et prend le nom de Grand Hôtel Brasseur", l'Hôtel du Com-merce augmente ses capacités à. son tour, et prend le nom de Grand Hôtel Conti- nenta128. L'hôtel Cravat suit ce mouvement d'expansion29. Dans la rue de l'Eau l'Hôtel de Luxembourg est complètement réno-ve°. A la gare, l'Hôtel des Voyageurs est reconstruit à neuf et devient l'Hôtel Staar, le chalet Kessel-Clesse devient en 1896 l'Hô-tel Clesse31. L'hôtel International en bois est remplacé par un nouvel établissement en pierre sur trois étages, dont un mansardé". Il en va de même pour l'établissement Kons qui passe à. 22 chambres". Les investis-sements sont axés sur l'augmentation de leurs capacités de séjour: Brasseur passe 100 chambres et devient le premier établis-sement de la place. L'Hôtel Staar augmente ses capacités de 22 a 32 chambres, puis même à 60 chambres34, l'Hôtel Clesse offre 32 chambres contre quelques pièces dans l'ancien chalet, le Grand Hôtel Continental propose désormais 45 chambres. Progressivement, au fil des agrandisse-ments, les écuries sont converties en gara-ges. D'autres maisons viennent s'ajouter celles déjà établies, tel l'Hôtel de la Poste (1893) sur l'avenue de la Gare, l'Hôtel d'An-vers (1896) en face de la gare, l'Hôtel Ter-minus et de Belgique, la Villa Elisabeth36 et l'Hôtel de l'Arrivée". Notons que nous ne tenons pas compte ici des petites auberges qui peuvent être assimilés a de la location de chambres chez le particulier'''. Le lotissement du plateau Bourbon favorise la création de nouveaux établisse-ments dans la Nouvelle avenue et autour de la place de Paris. 1912 voit l'ouverture du Paris-Palace et de l'Hôtel Moderne; l'Hôtel Central Molitor sera inauguré en 1914. '9 Ces trois établissements apportent à. eux seuls un accroissement de la capacité journalière de 115 chambres40! L'Alfa Hôtel à la Place de la Gare, au fond l'Hôtel Staar et à droite l'Hôtel Clesse (1933)Hôtel Cravat fondé en 1888, rue Notre Dame (vers 1920) La capitale comme phare du tourisme national Même si la capacité moyenne des hôtels de la ville est supérieure à. celle du Grand-Duché, Luxembourg n'est pas l'uni-que localité à. disposer de grands hôtels. En 1895, la station thermale de Mondorf-les- Bains compte 14 hôtels avec 500 lits et 80 chambres particulières. La station dispose de deux hôtels de 100 chambres et d'un établissement à 60 chambres'''. Les hôtels de la capitale dépasseront le Grand Hôtel des Ardennes à Diekirch, berceau du tou-risme luxembourgeois, qui ne compte que 55 chambres'''. Et pourtant, Luxembourg est loin des fameux hôtels-palaces qui caractérisaient les stations thermales, les capitales ou grandes villes et les centres de villégiatures le long des lacs suisses et italiens ou sur la Riviera. Aucun des hôtels de la capitale ne peut être comparé, même de loin, au type de l'hôtel palace apparu dans les années 1870, qui propose jusqu'à 700 chambres par établissement". Jérôme Anders compte pour l'année 1908 quelques 133 hôtels dans le pays dont un tiers dans la capitale et 11,5 % à Mon- dorf-les-Bains45. La ville est un haut lieu touristique dont la clientèle se compose de diplomates, de commerçants, d'industriels, et de touristes de loisirs. Si en 1907 quelques 2 600 tou-ristes (de loisirs) ont été recensés à Echter-nach, la commune de Hollerich en comptait pour son seul territoire, déjà en 1904, pas moins de 11 77246. La capitale est donc un lieu d'affaires, et l'hôtellerie doit répondre aux attentes! 26 Les tourismes d'affaires et de loisirs s'adressent à une même catégorie de per-sonnes, même si les motivations du voyage sont différentes: la bourgeoisie. Si les hom-mes d'affaires débarquent seuls ou en com-pagnie de leurs assistants, les familles arri-vent avec leurs domestiques, une quantité impressionnante de bagages leur permet-tant de rester en moyenne plusieurs semai-nes ou même des mois entiers. La Première Guerre mondiale va met-tre un terme à. cette forme de tourisme. Les limitations des déplacements au cours des affrontements ont retenu une bonne part des touristes étrangers. Avec le change-ment de l'orientation économique en 1919 et 1922, le tourisme luxembourgeois doit chercher de nouvelles clientèles dans l'es-pace de l'Union économique et monétaire belgo-luxembourgeoise47. L'architecture hôtelière comme enseigne Les services qu'offrent les hôtels construits à cette époque traduisent les goûts et le style de vie de la clientèle recher-chée. La capacité de l'établissement est sou-vent révélatrice du niveau des services of-ferts, car une maison qui fonctionne grâce un taux élevé d'hôtes peut offrir bien plus de services qu'une petite auberge qui connaît peine la division du travail, puisqu'elle est gérée de la cuisine aux chambres en passant par les achats, par le couple exploitant. Pour être un hôtel moderne et déve-lopper un langage architectural propre, il faut donc que l'établissement dispose d'une capacité minimale que nous fixons à. 20 chambres. Hôtel Paris Palace (Place de Paris), construit en 1909 suivant les plans de Joseph Nouveau et Léon Muller, Le règlement des bâtisses de la capitale ne prescrit à l'époque pas de limite du nom-bre d'étages, car la pression démographique n'est pas ardente. Les hôteliers profitent de cette ouverture pour répartir leur capacité en chambres, salons et restaurants, en hau-teur, sur plusieurs étages. L'occupation du sol reste donc limitée, surtout dans les zo-nes à grande densité de constructions. En effet, vers 1900 plus aucun établissement n'est construit avec moins de deux étages. Les hôtels Brasseur (nouvelle aile)48, de Co-logne, Maison Rouge, Continental, Cravat, Staar, Paris-Palace, Moderne et Central Molitor et Terminus proposent leurs cham-bres sur trois étages, sans compter ni les mansardes, ni les combles49. Par leur hauteur et leur volume, ces établissements comptent parmi les édifices les plus élevés, les plus majestueux de la ville. Ils deviennent ainsi facilement repéra-bles par leur clientèle. Pour figurer parmi les hôtels de niveau moyen ou supérieur, l'établissement doit disposer d'un restaurant re'puté avec terrasse, respectivement avec une véranda. Le client qui veut voir et être vu souhaite participer au spectacle de la rue.La plupart des hôtels construits à. l'époque qui nous intéresse épousent une architecture très proche de la maison de rapport et de commerce. Michael Sch-mitts° a constaté ce phénomène au niveau européen pour les établissements de taille moyenne, Antoinette Lorang a su le confir-mer pour Luxembourg51. En effet, les hôtels Brosius, Cravat, Maison Rouge, Moderne et Paris s'apparentent fortement aux mai-sons de rapport et de commerce. Le rez- de-chaussée propose deux entrées, l'une vers le restaurant, l'autre généralement à. l'extrémité de l'édifice mène à la réception et l'escalier vers les chambres aux étages. Celles-ci donnent sur la voie publique, se présentent en enfilade et longent un couloir situé côté cour. Les bains privés demeurent encore rares, une salle de bains et des toi-lettes communes sont aménagées à. chaque étage, pour une dizaine de chambres en moyenne. Les hôtels assurent également LU: -Ri: -CARIN ?4, ? ? hf? HT JI< I Pôle Nord (Place de Bruxelles), ancien Hôtel Brosius construit pari. P. Koenig en 1910 un logement avec cuisine et salle de bains l'exploitant, les combles semblent avoir été réservés aux domestiques. La cuisine donne sur la cour ou bien elle est installée dans la cave. Le restaurant offre de gran-des fenêtres et portes d'accès prolongeant la lumière vers l'intérieur et favorisant le jeu du «voir et être vu». Ici les décors sont précis et représentatifs: lambris en bois, plafonds et murs ornés de travaux en stuc et de miroirs, hauteur élevée de la pièce. Si l'immeuble occupe le coin, l'architecte a tendance à aménager l'accès au restaurant cet endroit et à souligner ainsi l'intersec-tion de deux axes de flux par un dôme ou une mansarde particulièrement décorée. L'analyse du confort décrit dans le guide des hôtels de l'Union des villes et centres touristiques du Grand-Duché de Place de la Gare, Hôtel Wolsheim, Hôtel Kons et Hôtel International Luxembourg permet de se faire une idée du niveau de services offert par les différents établissements. Le guide officiel des hôtels le plus ancien ayant été conservé est celui édité en 1938. II ne recense pas moins de 35 hôtels et auberges pour la capitale, dont 29 offrent l'électricité, l'eau courante chaude et froide, des salles de bains communes et le chauffage central. 12 maisons disposent d'un ascenseur, dont les établissements sui-vants construits avant 1920: Brasseur, Cen-tral-Molitor, Clesse, Continental, Cravat, Paris-Palace et Staar. Les hôtels Brasseur, Clesse52 et Staar» disposent en plus de ga-rages privés. Réunissant l'ensemble de ces critères, ces trois maisons représentent les meilleurs hôtels de la ville. L'aménagement des salles de bains privées fera partie du programme d'amélioration du confort au cours de l'entre-deux-guerres. Pour figurer parmi les hôtels de niveau moyen ou supérieur, l'établissement doit disposer d'un restaurant réputé avec ter-rasse, respectivement avec une véranda. Le client qui veut voir et être vu souhaite participer au spectacle de la rue, tout en restant à. l'abri des vents derrière la balus-trade de la terrasse ou les frêles colonnes en fonte de la véranda avec jardin d'hiver. L'espace qui semble se prolonger dans la rue, la lumière omniprésente, l'air libre, les fleurs et plantations créent une ambiance de calme et de repos en opposition au tra-fic de la rue. L'hôtel qui travaille avec une clientèle bourgeoise doit en outre propo-ser des salons et salles de réception pour banquets, mariages, assemblées générales de sociétés commerciales ou culturelles. En 1914 les salons de l'Hôtel Staar offrent ainsi leur cadre prestigieux à la réception et au dîner offerts dans le cadre de l'élévation Hôtel Continental, Grand-Rue (1913) 27de la commune de Hollerich au rang de ville54. Ces salons de lecture et de séjour se prêtent également à des soirées à thèmes (concerts, spectacles de magie, conféren-ces, etc.). L'Hôtel Clesse offre en plus une salle de billard55. L'opulence ou la modestie du décor est fonction de la catégorie, voire de la clientèle recherchée. L'aménagement du restaurant au sein de l'hôtel n'est pas innocent. Si la brasserie ou le restaurant plus ordinaire est généra-lement situé en front de rue, le restaurant plus noble destiné aux gourmets ou aux re-pas d'affaires, est aménagé de façon plus discrète. A l'hôtel Brasseur, fréquenté en-tre autres par Léopold II, Nicolas de Grèce, l'Impératrice Eugénie, Philippe d'Orléans et sa suite, la reine Marguerite d'Italie, Alice Roosevelt, le vice-roi des Indes, des di-plomates, des maréchaux tels que Foch et Pétain, d'illustres hommes du monde poli-tique et culture156, le restaurant est caché du regard des passants du boulevard Royal par une terrasse de 10 mètres de profon-deur. Dans une salle bien éclairée aux im-menses fenêtres décorées de rideaux en ve-lours drapé en bouillonnais, les tables sont disposées pour six ou quatre personnes. Le sol présente un parquet de Versailles, 28 le plafond à. cassettes est riche en décors en stuc de style classique. Il est éclairé par plusieurs lustres en cristal. Les murs sont divisés en segments par des pilastres en marbre surmontés de chapiteaux ioniques peints en bronze. De grands miroirs sem-blent prolonger la salle, alors que d'autres miroirs aménagés en hauteur dans des oeils de boeuf reflètent l'éclairage des lustres. Le tout restera en place jusqu'à la fermeture en 19695'. A l'Hôtel Clesse, fermé en 1960, le restaurant se situait dans une immense véranda donnant sur une vaste terrasse orientée vers la place de la Gare. Le client du restaurant peut tout observer sans être vu des passants, la terrasse aménagée sur un soubassement faisant barrage. L'Hôtel Cravat et l'Hôtel Continental, démoli en 1981, ont aménagé leurs restaurants res-pectifs à l'étage noble, laissant le rez-de- chaussée à des brasseries qu'ils exploitent eux-mêmes ou à. des espaces commerciaux donnés en location. Ce cadre du restaurant en retrait par rapport à. la rue est plus in-time, plus discret, moins bruyant58. En l'absence de toute classification of-ficielle, c'est l'hôtelier qui par sa publicité choisit sa clientèle: à l'hôtel d'Anvers qui vante d'abord les étables pour sa clientèle de marchands de bétail, les chambres sont «vorzaglich»59, à. la Villa Elisabeth elles sont bien aérées, avec terrasses et donnent sur le jardin et les plantations du parc60. Au Clesse, qui propose en pleine ville un jardin d'agrément, les chambres sont «hochele-gant»61 quoique à tarif modéré62. Le «grand hôtel» luxembourgeois Les trois grands établissements, Bras-seur, Clesse et Staar épousent également une architecture totalement indépendante par rapport au type de construction rap-pelant la maison de rapport. Le grand hô- SIMIZEIMII=EZ Grand Hôtel Brasseur, nouvelle aile construite par Georges Traus, Boulevard Royal tel assure un rôle, démarquant la qualité d'un mode de vie. Dans un certain sens, il prolonge l'ancien palais princier. Son hall d'accueil sert généralement à la représen-tation. Ici se croisent la grande et la petite bourgeoisie, les hommes d'affaires et po-litiques, des nobles et notables63. L'Hôtel Clesse, libre des quatre côtés sur son terrain de 5 ares, émerge de ses grandes terras-ses à balustrades et stores qui l'entourent côté cour et côté avenue de la Gare. Son immense véranda au rez-de-chaussée et au premier étage, aménagée côté sud, attire immédiatement le regard du touriste qui débarque en train64. L'aménagement de vérandas côté sud devient un signe parti-culier des grands hôtels de tourisme. Côté ville, l'établissement offre à. ses hôtes un jardin d'agrément équipé d'arcades fleuries et de bancs de repos. L'Hôtel Staar recons-truit lors de l'aménagement de l'avenue de la Liberté occupe une place de choix en tête de couronnement du carrefour formé par les avenues de la Gare et de la Liberté. Grâce à. sa façade monumentale rehaussée de rotondes à. coupoles et coiffée d'une toiture en croupe, l'hôtel se distingue im-médiatement de son environnement. En augmentant le degré de reconnaissance de l'établissement, l'architecture soutient le message publicitaire de l'Hôtel. Staar riva-lise avec Clesse et les deux établissements marqueront l'entrée en ville à. partir de la gare centrale. Fermé en 1940, l'immeuble ne sera démoli qu'en 197065. L'Hôtel Bras-seur, même s'il n'a pu se défaire de l'en-chevêtrement de différents édifices succes-sivement acquis pour s'agrandir, s'imposera finalement par sa nouvelle aile arborant fièrement une architecture moderniste tournée vers le boulevard Royal. Salle à manger du Grand Hôtel Brasseur (1918)Hôtel Central Molitor, Avenue de la Liberté (1913) Rappelons brièvement le projet de construction à. l'emplacement actuel du palais de l'ARBED d'un Palace Hôtel avec casino de jeux, salles de bals et de concerts dans le style du Kursaal d'Ostende. De grandes terrasses et jardins devaient agré-menter cet hôtel offrant également des traitements d'hydrothérapie, de la gymnas-tique douce et des séances de massage66. Le même groupe d'investisseurs se propo-sait encore de construire un établissement thermal soit au plateau du St Esprit, soit derrière la Fondation Pescatore. Les jeux de hasards étant interdits au Grand-Duché, et le groupe d'investisseurs reconnu comme non solvable, les projets n'ont pas été réa- lisés67, malgré l'avis positif de Luxembourg attractions et de l'Union commerciale68. Dr Robert L. Philippart Directeur ONT 1 ANDERS, Jérôme, L'industrie touristique au Grand- Duché de Luxembourg, Luxembourg, 1968, p. 5; PINNEL, Roland, Histoire sommaire du tourisme, Luxembourg, 1989, p. 19; EIFEL-VEREIN, Eifelführer, Trier, 1911, p.110; 4 BIERMANN, J.P., Führer durch die landschaftlichen Schönheiten der Stadt Luxemburg, Luxembourg, 1894, p. 62-65; ETRINGER, Norbert, Rund um luxemburgische Retaurations-und Beherbergungsbetriebe, in GRETSCH, Germain; ETRINGER, Norbert, Kulinarische Köstlichkeiten A la luxembourgeoise, Luxembourg, 1974, p. 24; 6 KOLTZ,J(ean)-P(ierre), Baugeschichte ...op. cit., t.2, Luxembourg, 1972, p. 507-509; 7 Ibidem, p. 383; LACAF, Roland, Le tourisme dans le Grand-Duché de Luxembourg, t.1, Luxembourg, 1972, p. 37; e HARPES, Jean, Vieilles demeures ...op. cit., p.123-124; 10 ETRINGER, Norbert, Von Hotels, Gaststätten und Vergnügungslokalen im Bahnhofsviertel, in Luxemburger Wort, N° 199, Luxembourg, p.34-35; " SCHN1ITT, Michael, Palast-Hotels, Berlin, 1982, p.41; " PHILIPPART, Robert L, Luxembourg, de la ville forteresse A la capitale nationale, de l'historicisme au modernisme, thèse de doctorat, Louvain-la-Neuve-Luxembourg, 2006, p.342-347; " Geschichte eines Grand Hotel, in Revue, N° 42, Luxembourg, 1969, p. 22-25; ETRINGER, Norbert, Das Hotel Continental wird abgerissen, in LuxemburgerWort, 7 juillet 1981, Luxembourg, 1981, p.38; " KAISER, Marcel, Zwei altbekannte Hotels mussten dem Fortschritt weichen, in Tageblatt, N° 224, Luxembourg, 1992, p. 13; 16 WEYDERT, Marcel, Ein steinerner Zeitzeuge, vom Hotel Brosius zum Pôle Nord, in Lëtzebuergerlournal, N° 096, Luxembourg, 2005, p. 11-12; 17 ETRINGER, Norbert, Vor 90 Jahren: quer durch die hauptstädtischen Restaurationsbetriebe, in Luxemburger Wort, N° 202, Luxembourg, 1983, p.16; 18 BIERMANN, J.P., Führer ...op. cit., p.62-65; " ANDERS, Jérôme, Le tourisme luxembourgeois depuis cent ans, Luxembourg, 1961, p.16; 2° IDEM, Les Touristes luxembourgeois, Luxembourg, 1933, p.32; " NOPPENEY, Marcel, Tourisme deux fois millénaire, Luxembourg, 1936, s.p; " ETRINGER, Norbert, Vor 70 Jahren in Luxemburg, in Luxemburger Wort, N° 178, Luxembourg, p. 7; " Bezugsvereinigung der Gastwirte des Großherzogtum Luxemburgs, in Mémorial ...op. cit., Annexe, recueil spécial ...op. cit., Luxembourg, 1915, p.226; 24 Brasserie de Clausen S.A., in Mémorial ...op. cit., annexe, recueil spécial ...op. cit., Luxembourg, 1920, p. 551; " Grand Hôtel Brasseur, in Mémorial ...op. cit., annexe, recueil spécial ...op. cit., Luxembourg, 1918, p.103; 26Weber & Baur, in Mémorial ...op;cit., Annexe, recueil spécial ...op. cit., Luxembourg, 1916, p. 20; 27Geschichte eines Grand Hôte ...op. cit., p.23; " ETRINGER, Norbert, Das Hotel Continental wird abgerissen ...op. cit., p.38; " IDEM, Vor 70 Jahren in Luxemburg, in Luxemburger Wort, N° 178, Luxembourg, 1976, p. 7; "IDEM, Zum Abbruch des Hotel de Luxembourg und des Cinéma de la Cour, in LuxemburgerWort, N° 167, Luxembourg, 1981, p. 6; " IDEM, Norbert, Vom Werden und Wachsen ...op. cit., p.122-136; " Historique de l'Hôtel International, in 60e anniversaire du Syndicat d'Intérêts Locaux Luxembourg-gare, Luxembourg, 1991, p.724; " ETRINGER, Norbert, Vom Werden und Wachsen ..op. cit., p.130; 34 IDEM, Vom Werden und Wachsen ...op. cit., p.127; " IDEM, Von Hotels, Gaststätten und Vergnügungslokalen...op. cit., p.34; 36 IDEM, Vom Werden und Wachsen ...op. cit., p.130; 37MERSCH, François, Le Grand-Duché de Luxembourg A la belle époque, t.1, Luxembourg, 1978, p.324; " Norbert Etringer a ainsi pu recenser pour l'année 1907 pas moins de 22 maisons pour le seul quartier de la gare (ETRINGER, Norbert, Von Hotels; Gaststätten ..op. cit., p.34. " LORANG, Antoinette, Plateau Bourbon und Avenue de la Liberté ...op. cit., p.132-136; 143-147; 166-175; 4° UNION DES VILLES ET CENTRES TOURISTIQUES DU GRAND-DUCHE DE Luxembourg, Guide officiel des hôtels du Grand-Duché de Luxembourg, 1938, p. 5-8; PHILIPPART, Robert L., Mondorf-les-Bains, du curisme au culte du corps et du bien-être, in N1ondorf, son passé, son présent, son avenir, Mondorf-les-Bains, 1996, p.171; Hôtel Clesse, Avenue de la Gare (1895) 42 DAVID, Aloyse; WEYDERT, Marc; Alexis Heck, Begründer des luxemburger Tourismus, s.l., (2000), p.183; 43 SCHMITT, Michael, Palast-Hotels ...op. cit., p.53; 44ANDERS, Jérôme, Le tourisme luxembourgeois depuis cent ans ...op. cit., p.17; ? PHILIPPART, Robert L., Mondorf-les-Bains ...op. cit., p.171; 46 ETRINGER, Norbert, Von Hotels, Gaststätten und Vergnügungslokalen im Bahnhofsviertel, in Luxemburger Wort, N° 199, Luxembourg, 1987, p.34-35; 47 PHILIPPART, Robert, De 1900 A 1909: la clientèle touristique, une question de choix?, in L'économie luxembourgeoise au 20e siècle, Esch-sur-Alzette, 1999, p.360-361; Geschichte...op. cit., p.23; MERSCH, François; KOLTZ, J(ean)-P(ierre), Luxembourg, forteresse et belle époque, Luxembourg, 1976, p. 112;146; 149;181;194.; LORANG, Antoinette, Plateau Bourbon und Avenue de la Liberté ...op. cit., p.109; 145;133; "SCHMITT, Michael, Palast-Hotels, Berlin, 1982; " LORANG, Antoinette, Plateau Bourbon und Avenue de la Liberté, späthistoristische Architektur in Luxemburg, in PSH, t. 103, Luxembourg, 1988; " Union des Villes et Centres touristiques du Grand- Duché de Luxembourg, Guide officiel des hôtels du Grand-Duché de Luxembourg, Luxembourg, 1937, p. 5-8; " D'après le papier A entête de 1919; 54 KAISER, Marcel, Zwei altbekannte ...op. cit., p.13; " Ibidem, p.13; 56NOPPENEY Marcel, Tourisme deux fois millénaire ..op. cit., s.p; 57MERSCH, François, Luxembourg, belle époque, guerre et paix, Luxembourg, 1978, p.98; " Comparez les images publiées dans Ibidem, p.173; ETRINGER, Norbert, Vor 70 Jahren in Luxemburg, in Luxemburger Wort, N° 178, Luxembourg, 1976, p. 7.; " ETRINGER, Norbert, Vom Werden und Wachsen ...op. cit., p.134, illustration; 60 L'histoire du quartier A travers les en-têtes, in 60e anniversaire du Syndicat d'Intérêts Locaux Luxembourg-Gare ...op. cit., p.99; ? ETRINGER, Norbert, Vom Werden und Wachsen ..op. cit., p.129; 62 L'histoire du quartier A travers les en-têtes ...op. cit., p.99; 63 RUCKI, Isabelle, Grand Hotel Kronenhof Pontresina, Bern, 1994, p.30; 64KAISER, Marcel, Zwei altbekannte Hotels.. op. cit., p.13; ? ETRINGER, Norbert, Rund um das ehemalige Hotel Staar, in Luxemburger Wort, N° 218, Luxembourg, 1970, p. 6; ? Luxemburg-Kurstadt, s.1, s.d., p. 4-5; 67 VILLE DE LUXEMBOURG, Analytischer bericht ..op. cit., N° 22, Luxembourg, 1904, p.193-196; ? ETRINGER, Norbert, Vor 70 Jahren ...op. cit., p. 7. 29


Fichiers :
PDF(2.4 Mb)

88/2008 - Tourisme

p.  1