06/05/2010 15:58 Alter: 9 yrs

Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg- Les années 60... Souvenez-vous !

Kategorie: 93/2010 - Freischaffender Künstler 93/2010 - Freischaffender Künstler

„Héich geéierten Här Direkter, Dir Hären Professeren, Léiw Kollegen vun VII. VI. V. IV. an III.II.I… Hommes et Dames vun den héijeren Häff, Atheneum, ille nobile urbis, de Kolléisch, den Nuebel vun der Stad, sit de…decus Luxemburgi. Sou hun am Joer 1603 déi weiss Jesuiten, äis illuster Päpp, geduecht, an hun den Kolléisch gebaut. E klengen histe...ö..historeschen Iwerbléck géif äis weisen wéi, non solum an der grousser Lëtzebuerger Geschicht, etiam vero an der Universalgeschicht quasi wéi e Kenkischäin, hien seng Weisheet ausgestrahlt huet. Vum Kolléisch iwer collège royal, école centrale, collège communal, Athénée royal, Athénée royal grand-ducal si mir zum Athénée Grand-ducal eropgesonk. Mä haut si mer traureg. D’Schicksal selwer konnt nët anescht. An den Institut Pédagogique, section féminine, um Geessekneppchen mecht ons seng Diren op. Dat wat onsen Urgrousspäpp befirstoung, fällt elo hei erbarmungslos op äis erof. Mir hun déi déiw a schmerzensvoll Obligatioun, ons venerabel Bud verloossen därfe können ze missen; Mat déiwem Erschrecken an entsetzter Konsternatioun, hu mir déi fatal Communikien vum Här Direkter entgéintgehol. Alea iacta est. Mir mussen eraus. Eraus aus denen kulturbeleckten Maueren, eraus aus dëser plato-aristotelescher cicero-kartéiescher Idee-enwelt, eraus aus dëser kléischterlecher, idyllischer Gebuergenheet. Mir traueren nët eleng. Mat äis zu déifst getraff kräischt d’Bléih vun onser weiblecher Jugend. Wou ass hiren Stolz an hier moralesch Stëtz. Wou bleiwt dat männlecht Element An hierer sophistescher Welt? Et deet ons Leed, mir musse goen, An egal wat d’Schwesteren soen, Mir sin iech ëmmer trei Wa mir och nët bleiwen hei. D’Stonn vum Äddi huet geschloen, mä mir wëllen nët hei eraus ouni maxima cum gratia all deenen groussen Leit ze gedenken, déi hei eraus hätten können ervirgoen. Sic perivit, sic transivit, Athenéi Gloria, In quo nos et professores, Dormientes ac quientes Dies nostros trivimus. Intra te et intra muros Crevit sapientia.  Relinquemus et dolemus Sicut veram patriam. Atheneum «tanto caro» In memoria aeterna Semper eris apud nos. Eheu, eheu,eheu, omnes, Nunc est tempus finiendi. Collis Caprarum nunc expectat nos."(Ainsi passe, ainsi s’en va La gloire de l’Athénée, Où élèves et professeurs En dormant paisiblement Nous avons consumé nos jours. Dans ton sein, dans ton enceinte A grandi notre savoir. En exil à grand regret Nous partons, ô vraie patrie. Ô Athénée tant chéri Tu seras à tout jamais Gravé dans notre mémoire. Pleurons, pleurons, pleurons tous C’est le moment des adieux. La Butte des Chèvres nous attend.)T elle fut l’oraison funèbre prononcée le 20 mars 1964 par Jean Bour, élève de première, lors de cette journée de deuil, où les élèves de l’ancien Athénée et des cours supérieurs ont à tout jamais quitté ce haut lieu d’études fondé en 1603 par les Pères Jésuites d’où étaient sortis les esprits les plus brillants de notre passé, afin d’emménager au «Geesseknäpppchen» dans un nouveau bâtiment spécialement conçu pour accueillir un plus grand nombre d’élèves et bien mieux adapté aux exigences d’un enseignement moderne. Le jour de l’enterrement officiel de l’Athénée, j’ai quitté la maison tout de noir vêtue, portant le manteau prêté par ma mère et le chapeau-melon de mon père. Je faisais partie des pleureuses qui devaient accompagner, en poussant de hauts cris de lamentation, le corbillard symbolisant l’Athénée lors du cortège funèbre à travers les rues de la ville, cortège précédé par des porteurs d’une banderole où était inscrit: Sic transit gloria Athenaei. C’est aux roulements d’un tambour que nous avons également déposé une gerbe au pied du tilleul séculaire qui se trouve d’ailleurs toujours dans la cour de l’ancien Athénée.  Un autre événement me vient à l’esprit quand je repense aux années soixante, c’est l’exposition du Millénaire organisée en 1963 dans les halls de l’ancienne foire au Limpertsberg pour célébrer dignement les mille ans de notre ville dont les origines remontent à 963. La commune avait recruté une quarantaine de guides et hôtesses parmi les élèves des classes terminales. C’était pour nous l’occasion de se faire un peu d’argent de poche, car à l’époque les jobs de vacances n’étaient pas encore à la mode. Mes parents voyaient d’ailleurs d’un mauvais œil ces après-midis de «travail» qui réunissaient garçons et filles et qui se terminaient inévitablement tard chaque soir à la Taverne Henri VII autour d’un pot et d’un croque-monsieur. Pour comprendre leurs réticences il faut souligner que dans les écoles la mixité n’existait pas encore et ne fut introduite que vers la fin des années soixante. L’apparition de la pilule contraceptive sur le marché européen fut d’ailleurs aussi très mal accueillie tout comme l’ouverture du Planning Familial. De même à l’époque toute jeune fille risquait le renvoi de l’école quand elle était vue en train de boire un café «chez Walther», le nouveau milk-bar. Si vous avez envie vous aussi de vous replonger dans l’atmosphère des années soixante, qui font partie de notre passé et de celui de notre ville, il suffit de vous rendre au Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, qui y consacre au premier étage une petite exposition limitée à deux salles mais riche en objets évocateurs où les nostalgiques du passé trouveront certainement leur compte. Divisée en plusieurs sections groupant l’enfance, la jeunesse, la vie urbaine et les loisirs, l’exposition réunit en dehors des affiches de Pél Schlechter, des photos, des extraits de revues, des objets design, des appareils électroménagers, des caméras, des machines à écrire qui semblent dater de temps préhistoriques mais qui sont autant de témoins de la vie à l’époque des années soixante.  Parmi les objets exposés se trouve aussi un transistor. Cette radio portable à antenne qu’on pouvait emmener partout était devenue indispensable pour nous les jeunes d’alors. Le Père Noël m’en avait apporté un tout rouge. Il me permettait d’écouter dans ma chambre mes émissions préférées. Le transistor a envahi bien vite les parcs, les cours de récréation, où il fut bientôt défendu, les rues, les places publiques, les terrasses de café, les piscines, même si à tout déplacement il fallait le tourner dans toutes les directions et rechercher avec l’antenne la meilleure position pour capter au mieux les ondes. Les tourne-disques avec leurs microsillons en vinyle jouissaient également d’un grand succès tout comme les juke-box. Et ce fut aussi le temps où Luxembourg a remporté par deux fois le Grand Prix Eurovision de la Chanson avec Jean-Claude Pascal en 1961 et France Gall en 1965.  Dans mes souvenirs c’étaient des années calmes, même s’il faut y situer l’assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King, la guerre du Vietnam, la crise de Cuba avec sa menace de guerre nucléaire. Mais nous avons également assisté au Printemps de Prague et aux premiers pas sur la Lune. Sans nous en rendre compte nous vivions une époque de transition entre la période de croissance de l’après-guerre et le choc pétrolier de 1973, alors que déjà la société de consommation se dessinait à l’horizon. Tout le monde n’avait pas encore de voiture. En 1960 le Luxembourg comptait trente mille voitures, en 1970 il y en avait cinquante mille de plus. On roulait sans ceinture de sécurité ni airbag; on trouvait son chemin sans GPS et on pouvait se garer sur la Place Guillaume, dont la transformation en parking payant a fait couler beaucoup d’encre, de même que l’introduction progressive de la zone bleue. En 1962 Luxair avec son Fokker Friendship s’envolait pour la première fois vers Paris. D’un autre côté fumer une cigarette n’était pas mal vu, mais permettait de s’évader du quotidien et de goûter au «Duft der großen weiten Welt» comme l’annonçait une publicité de la marque Peter Stuyvesant. Quant aux enfants ils avaient encore le «Liichtebengelchen» traditionnel avec une mèche enrobée de cire et non pas des lampions à ampoule électrique. Mais mine de rien un changement qui devait être radical s’annonçait déjà. Le développement économique permettait l’éclosion de la place financière et l’installation de nouvelles banques à Luxembourg. Le réseau routier est étendu, la Moselle canalisée. Après l’inauguration du Nouveau Théâtre la construction du Pont Grande-Duchesse Charlotte au-dessus de l’Alzette ouvrait la porte vers l’urbanisation du Plateau du Kirchberg où le bâtiment du Parlement Européen est achevé en 1966. Le premier supermarché Cactus ouvre ses portes à Béreldange en 1967. La même année une femme, Madeleine Frieden, devient secrétaire d’Etat puis ministre et Colette Flesch se retrouve en 1970 bourgmestre de la Ville de Luxembourg.  A part l’une ou l’autre petite manifestation, mai 68 s’est passé sans heurts. Pourtant un vent de liberté commençait à souffler tout doucement. Alors qu’Antoine chantait ses élucubrations, les femmes découvraient la minijupe et les hommes les cheveux longs. Jeune institutrice à l’Ecole Professionnelle et Ménagère du Verlorenkost je m’étais à ma façon révoltée contre les conventions en refusant par un jour de canicule de porter chapeau, gants et bas nylon pour la procession de clôture de l’Octave, tel que le dictait le règlement de l’école, semant ainsi le scandale parmi mes collègues, des religieuses de la Doctrine chrétienne, et m’attirant le regard désapprobateur du directeur de l’école, l’abbé Joseph Wagner. Au point de vue artistique et culturel mai 68 n’avait pas non plus de grandes retombées sur la scène artistique luxembourgeoise en dehors d’un petit mouvement de contestation dont les membres se réunissaient dans les granges de Consdorf devenues un foyer d’expérimentation et d’introduction de nouvelles idées artistiques influencées par les courants internationaux. Leur action la plus spectaculaire fut en 1969 «la Ligne brisée», où les artistes se sont promenés nus dans la Vallée de la Pétrusse. Mais ce mouvement est vite tombé dans l’oubli. Si cette exposition paraît insolite c’est que non seulement elle s’étend sur deux ans, mais elle vous permet également d’y apporter votre contribution à tout moment en déposant au musée des objets intéressants, témoins de ces années-là, afin d’aider à documenter l’histoire du passé de notre ville et de notre pays, à témoigner des développements de la société luxembourgeoise, de la vie quotidienne et de l’histoire locale. La vocation du Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg est aussi sociétaire. Il entend faire revivre et susciter en même temps un questionnement social, politique, éthique et religieux. Si les grandes expositions d’art sont organisées par d’autres institutions muséales, le Musée de la Ville de Luxembourg ne néglige pas pour autant l’aspect artistique avec parfois des expositions ciblées soulignant d’autres aspects, d’autres domaines de l’art, comme en témoigne la récente exposition sur l’art de la table avec les créations de Villeroy et Boch ou l’importance accordée en 2008 dans l’exposition «Greetings from Luxembourg» aux dessins de Fresez et aux affiches, où on pouvait retrouver les noms de nos meilleurs peintres comme Schaack, Rabinger, Gillen, Heyart, Gerson et bien d’autres.   Georgette Bisdorff


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