19/07/2010 12:08 Alter: 9 yrs

J’avais fait un rêve

Kategorie: 94/2010 - Theater 94/2010 - Theater

 

 

En fait nous avions fait un rêve – Tun Deutsch, Philippe Noesen et moi-même – dans les années 70. Oui, nous rêvions pouvoir faire professionnellement du théâtre à Luxembourg.

 

 

Tun avait créé son Théâtre des Casemates, Philippe le Théâtre du Centaure et Claudine et moi le Théâtre Ouvert.

Avec des bouts de ficelle et de vieux meubles nous avons réalisé nos premières productions et si à l’époque des auteurs comme Beckett, Ionesco, Arrabal, Genet et bien d’autres ont été joués à Luxembourg, c’est à notre enthousiasme et notre envie de faire connaître la dramaturgie contemporaine de l’époque qu’ils le devaient et non à la programmation des lieux officiels. Et nous jouions un peu partout. Aucun de nous n’avait une demeure fixe, nous explorions différents lieux en fonction de nos spectacles: café, Trois Glands, Casemates etc. De temps en temps nous avions la possibilité de créer une pièce luxembourgeoise sur la grande scène du «Nouveau théâtre» et nous y avons connus des succès mémorables (De Bretzert de Norbert Weber, Grouss Vakanz de Pol Greisch et bien d’autres).

Peu à peu nous avons réussi à nous faire un petit nom dans la vie théâtrale luxembourgeoise, mais le «vrai» (sic) théâtre était toujours importé de l’étranger.

Nous avons formé beaucoup de jeunes, ceux qui aujourd’hui font avancer la vie théâtrale de notre pays et nous continuions à rêver du jour où une reconnaissance et des moyens officiels nous soutiendraient.

Et voilà que nous apprenons, au début des années 80, qu’un nouveau-vieux théâtre allait rouvrir ses portes – le théâtre de la rue des Capucins, l’ancien théâtre de la Ville de Luxembourg – et que ce lieu serait géré par le Nouveau Théâtre du Rond-Point Schuman.

Nous essayons de faire entendre notre voix, nos revendications: comment? une fois encore ce seraient les accueils étrangers qui feraient vivre ce nouveau lieu!

Est-ce notre obstination ou la clairvoyance de nos autorités politiques qui a fait s’incliner la balance? La Ville de Luxembourg décide de confier ce nouveau lieu à des saltimbanques que nous n’avons jamais cessé d’être...

Mon projet à la tête de cette nouvelle institution était clair: faire du Théâtre des Capucins le premier théâtre professionnel de créations. Avec l’aide des responsables politiques qui ont donné les moyens financiers nécessaires, je crois que nous n’avons pas trop mal réussi.

Je pense qu’aujourd’hui tous les amateurs du théâtre de création à Luxembourg connaissent les acquis de ces 25 ans, tous les grands moments de théâtre qu’ils ont pu vivre dans ce lieu, toute la vitalité théâtrale que les Capucins ont engendré.

Mais 25 ans plus tard le rêve est sur le point de se briser. La pire des solutions est choisie: la fusion avec le Grand Théâtre. Pas de nouveau directeur, plus d’équipe artistique affectée au seul Théâtre des Capucins, plus de productions assurées par la maison mais déléguées à des compagnie, bref plus d’âme. Les promesses de continuité sont des leurres et m’affectent aujourd’hui profondément. Bien sûr des centaines de créateurs garderont en souvenir les moments de bonheur passés dans cette maison. Je leur souhaite de retrouver des moments pareils à l’avenir dans un «autre» Théâtre des Capucins.

Puisse mon pessimisme être démenti ces prochaines saisons.

 

Marc Olinger

 

 


Dateien:
PDF(578 Kb)

94/2010 - Theater

p.  1