19/07/2010 14:42 Alter: 9 yrs

Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg: Born to be wild

Kategorie: 94/2010 - Theater 94/2010 - Theater

 

ILY (I love you) et JTM (je t’aime) sont des exemples classiques du langage nouveau, tout en abréviations ou phonétique, inventé par les jeunes pour envoyer des SMS ou pour chatter sur Internet. Le Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg consacre une salle entière à cette nouvelle façon de s’exprimer non respectueuse de l’orthographe ou du grammaticalement correct qui reste souvent bien hermétique pour les non-initiés, et cela dans le cadre de sa nouvelle grande exposition temporaire dont le thème est la jeunesse sous ses aspects les plus divers vue à travers six décennies, depuis les années 50 jusqu’à nos jours, englobant ainsi plus d’un demi-siècle où les mentalités, les comportements, la façon de vivre, de penser et de s’exprimer ont davantage changé qu’autrefois en plusieurs siècles. Quelle différence entre nos jeunes d’aujourd’hui et ceux des années cinquante! D’ailleurs l’introduction à cette exposition permet également de jeter un regard en arrière sur la jeunesse de la première moitié de ce 20ème siècle qui nous a apporté deux guerres avec des photos qui nous paraissent de nos jours bien ternes et grises comme les visages inexpressifs et figés de ces jeunes portant costume comme les adultes et forgés par la religiosité et le militarisme.

 

LE MAGAZINE BRAVO

 

Vous souvenez-vous du temps où vous lisiez le magazine allemand Bravo sous les pupitres de l’école ou en secret dans votre chambre au risque de voir confisqué par un professeur scandalisé ce magazine allemand entièrement conçu pour des jeunes ou de se voir privé d’argent de poche quand des parents sous le choc avaient trouvé cet hebdomadaire soigneusement caché sous votre lit ou enfoui dans votre sac d’école? C’est pourtant un peu au journal Bravo, paru pour la première fois en 1956, que nous devons cette exposition dont l’idée revient à Xavier Bettel, qui a vu en Allemagne une exposition sur ce journal des jeunes tant décrié à ses débuts et qui par la suite a proposé aux responsables du MHVL d’organiser à leur tour une exposition ayant pour thème la jeunesse, ces années si difficiles où le jeune est à la recherche de son identité. Il est donc évident que le magazine Bravo y occupe aussi une place de choix. Dès les premiers numéros, devinant dans les jeunes un potentiel important de lecteurs possédant un pouvoir d’achat reconnu, Bravo publie des textes susceptibles d’intéresser ce nouveau public avec des informations actualisées sur la musique, le monde des stars et du cinéma, tout en donnant des conseils sur la mode et les styles vestimentaires à adopter, sur les soins corporels à pratiquer, et, fait nouveau à cette époque, propose aussi aux jeunes de guider leurs premiers pas dans la découverte de la sexualité en leur donnant même la possibilité de s’exprimer, de raconter leur première expérience et de poser des questions. Il est donc normal qu’on retrouve aussi dans cette exposition quelques lettres authentiques déposées sur un bureau tout en rose et adressées au fameux Dr. Jochem Sommer, pseudonyme du médecin et psychothérapeute Martin Goldstein, qui répondait aux lettres des jeunes et aux questions les plus indiscrètes qu’on n’osait poser à ses parents.

UNE REFLEXION 

SUR LA JEUNESSE

 

La présente exposition, accessible au public jusqu’en avril 2011 et basée principalement sur des photos, tracts, affiches, vêtements, documents sonores, vidéos, extraits de magazine, interviews et créations artistiques, ne propose rien de fort spectaculaire en soi, mais se veut avant tout une réflexion sur la jeunesse, thème évidemment bien vaste, inépuisable et donc difficile à cerner, ne fût-ce que pour trouver une définition adéquate à cette tranche d’âge qui dans nos sociétés occidentales industrialisées devrait désigner les jeunes entre 14 et 18 ans. Mais on sait bien que de nos jours les jeunes sont devenus plus précoces alors que d’autres rallongent leur jeunesse par de longues études et que bien des adultes continuent à se comporter comme des jeunes d’après les diktats d’une société dite de consommation, où il faut rester jeune à tout prix. Apprendre grâce à cette exposition que suite à la baisse du taux de fécondité et à la croissance de l’espérance de vie la jeunesse est en passe de devenir une minorité dans notre société actuelle étonne et semble à peine croyable. 

Pour cerner un maximum d’aspects, l’exposition englobe trois grands chapitres dont le premier «Sous le regard des autres» explore la constitution et l’évolution de la culture des jeunes au Luxembourg avec ses codes et rites, que ce soit dans le domaine du langage, de la tenue vestimentaire ou de la musique. La deuxième section intitulée «Face à eux-mêmes» illustre l’éveil des premiers émois sentimentaux, la découverte du corps en pleine transformation et de la vie sexuelle. C’est cette époque entre contestation et conformisme, où le jeune ne supporte plus ses parents, alors même qu’il continue à avoir besoin bien malgré lui d’une certaine sécurité familiale, où il se sent mal dans sa peau et où, très fragilisé, il court souvent le risque de tomber dans l’obésité ou l’anorexie, de se laisser tenter par les drogues, de faire une fugue, ou même de ne voir d’autre solution à la vie que le suicide. Il est dans la logique des choses que l’exposition ne passe donc pas sous silence la naissance de ces associations comme le Planning Familial, dont le but est de prévenir les risques encourus, de protéger le jeune contre les violences sexuelles, de le préparer à la vie adulte et de l’aider à trouver sa personnalité.

 

 

QUE SONT DEVENUS 

LES RÊVES?

 

Quant au troisième volet il analyse le rapport des jeunes avec la société où ils ont parfois beaucoup de mal à se situer et à trouver leur place, ce qui se traduit le plus souvent par une certaine révolte contre le conformisme, contre l’autorité et le système dans lequel ils sont pris, révolte qui n’est pas sans être un «puissant moteur d’innovation sociale». La première grande manifestation des jeunes au Luxembourg a eu lieu en 1956 devant l’ambassade de Russie pour protester contre les événements en Hongrie. Par la suite il y en a eu d’autres: contre la guerre au Vietnam, les injustices sociales, le chômage etc. Et bien sûr il y a eu aussi mai 68. L’exposition accorde de même une large place aux différentes associations estudiantines, qui, n’ayant aucune place dans les médias pour s’exprimer, publient leurs propres journaux riches en caricatures pour dénoncer la désinformation systématique politique au Luxembourg, l’emprise de la religion, le service militaire obligatoire, pour réclamer la réforme de l’enseignement ou encore pour attirer l’attention sur la situation des travailleurs étrangers. Au fil des décennies prennent naissance aussi les premiers grands mouvements progressistes auxquels souvent les jeunes adhèrent avec enthousiasme et engagement pour marquer leur solidarité avec le tiers monde ou pour défendre certaines valeurs comme la paix, la justice ou la protection de l’environnement.

 De tout temps les jeunes ont rêvé de changer le monde. Mais après avoir visité l’exposition on peut se poser la question: que sont devenus les rêves des jeunes de toute époque? Ont-ils pu vivre leurs rêves et accéder à leurs idéaux? Sont-ils restés fidèles à leurs principes? Ou par contre leurs rêves se sont-ils évanouis et perdus dans la banalité d’une vie d’adulte au quotidien? 

D’un autre côté, les jeunes d’aujour-d’hui, qui prennent pour évidents les privi-
lèges et les libertés dont ils jouissent, vont-ils réaliser, après avoir visité cette exposition, que d’autres jeunes, dans les décennies précédentes, ont dû se battre et lutter pour imposer des idées, des mentalités, des conceptions et des libertés nouvelles?

 

Georgette Bisdorff


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