19/07/2010 14:59 Alter: 9 yrs

La Collection luxembourgeoise du Musée national d’Histoire et d’Art Charlotte Engels

Kategorie: 94/2010 - Theater 94/2010 - Theater

 

Née à Luxembourg, 

le 21 février 1920 

et morte à Issy-les-Moulineaux, 

le 28 octobre 1993

 

Le choix de présenter l’artiste Charlotte Engels dans le présent numéro de ons stad était fait avant que le Tageblatt (16 mars 2010) ne révèle le triste sort d’une des majeures sculptures de cette artiste luxembourgeoise vécue en France. Bien que je sois contente de voir réapparaître le nom de Charlotte Engels dans l’actualité, je regrette fortement les circonstances ayant donné lieu à cet article. En effet, grâce à une information de Josy Braun, Roger Infalt a révélé que l’imposante sculpture en bronze (3,50 x 3,50 x 2,20 m), «L’Envol», acheté par l’Etat luxembourgeois et placé en 1979 devant l’aérogare du Findel à Luxembourg, est mise à la ferraille non loin de la piste d’atterrissage des avions. Heureusement – et suite à l’article cité – le gouvernement s’est rappelé de sa responsabilité et nous a tous assurés de rénover et d’exposer cette œuvre aux alentours du Findel.

Mais revenons à son auteur. Charlotte Engels est née d’un père luxembourgeois Mathias Engels, apparenté avec le peintre Michel Engels, et d’une mère française, Elise Jaminet. La mort prématurée du père crée un lien très fort entre Charlotte et son frère Pierre, qui sont tous les deux élevés par leur mère. Charlotte fréquente l’école primaire et le lycée au Luxembourg, tandis que son frère poursuit ses études secondaires en France. Il prend la nationalité française et s’engage dans l’armée française. Il est exécuté en juin 1944 peu avant la fin de la guerre. L’oncle et tuteur de Charlotte, Pierre Jaminet, connaît un sort similaire. Tout ceci pour faire comprendre de quelle trempe Charlotte est faite et d’où elle-même tient cette droite ligne qui l’a fait persévérer dans son métier réservé presque exclusivement aux hommes.

Dès 1945 la jeune luxembourgeoise s’installe à Paris, d’abord rue Vaugirard, ensuite dans un pavillon-atelier à Issy-les-Moulineaux où elle reste jusqu’à sa mort. Elle fréquente l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts dans l’atelier de Niclausse, ensuite, pendant un an, elle suit les cours de Pierre Seguin à l’Ecole des Monuments Historiques.

Déjà pendant ses années de formation, Charlotte Engels est portée vers la sculpture. Elle ne réalise que peu de peintures – au grand regret du critique d’art Joseph Paul Schneider, qui a rendu visite à l’artiste en 1988. «Charlotte Engels est passé à côté d’une vraie carrière de peintre, si l’on considère en toute objectivité quelques-unes de ses œuvres des années 1960 à 1965.» (Joseph Paul Schneider, 1988, 3, p. 4) Les rares toiles qu’elle a réalisées touchent à l’abstraction lyrique, comme le témoigne la gouache appartenant aux collections du Musée national d’histoire et d’art.

Mais sa célébrité, Charlotte Engels la doit surtout à ses sculptures et à ses médailles. Elle commence par la réalisation de sculptures à la mémoire de son frère et de son oncle à La Chapelle-sous-Rougemont, puis en 1949, le monument des Pères Stoffel et Wampach dans l’église Saint-Joseph l’Artisan (rue Lafayette à Paris). En 1952, elle obtient le Prix Grand-Duc Adolphe. Mais le succès tarde à venir et l’artiste continue à vivre difficilement à Issy-les-Moulineaux, sans pour autant perdre son moral ni diminuer la foi dans son art.

C’est finalement en 1957 qu’elle se fait remarquer par la critique pour son buste du Père Teilhard de Chardin, buste qui lui rapporte le Grand Prix de Sculpture décerné par le Salon des Femmes Peintres et Sculpteurs (Musée d’Art Moderne, Paris). Ce buste coulé en bronze était une commande de la Fondation Teilhard et se trouve au Muséum national d’histoire naturelle à Paris.

Grâce à ce buste, Charlotte Engels obtient sa première commande pour une médaille de la Monnaie de Paris. Et c’est le début d’une longue collaboration avec cette Institution qui veille jalousement à la qualité des médailles qu’elle frappe. Au cours des vingt prochaines années l’artiste réalise 18 médailles de personnages illustres tels que Teilhard de Chardin, Bouddha, Jean et Joséphine de Luxembourg, Racine, Robert Oppenheimer, Léopold Sédar Senghor ou encore le Pape Paul VI. Probablement sa médaille la plus célèbre, elle la réalise en 1970: l’Appel du 18 Juin 1940 du Général de Gaulle.

Pour la réalisation d’une telle œuvre, l’artiste se prend beaucoup de temps, parfois quelques mois, parfois jusqu’à un an. Elle s’imprègne du personnage, lit ses œuvres, étudie minutieusement sa physionomie avant de réaliser sur l’avers le personnage vivant un moment essentiel de son existence. Le revers en revanche montre en quelques symboles minutieusement choisis un résumé de ses œuvres, de ses convictions.

Au Luxembourg, Charlotte Engels est peu connue, bien qu’elle nous ait laissé un certain nombre de ses travaux, par exemple le bel écusson au-dessus de l’entrée principale de la basilique d’Echternach, un calvaire à l’église de Steinheim, un monument aux résistants dans la Commune de Bettembourg ainsi que les bustes du Grand-Duc Jean et de la Grande-Duchesse dans la Chambre des Députés et dans les différents ministères. Elle a également réalisé plusieurs médailles pour la Caisse d’Epargne de l’Etat de Luxembourg montrant des personnages illustres de l’Histoire du Luxembourg.

Rares sont les sculptures monumentales. Pour le Luxembourg, Engels en a réalisées trois: «La Famille» située à l’entrée d’un ensemble d’habitation au domaine du Kiem, «La Porteuse d’Eau» conservée à l’Administration de la Sebes à Esch-sur-Sûre et «L’Envol» destinée à l’aérogare du Findel. Elle a également créé des statues et statuettes, entre autres des céramiques de la Manufacture de Sèvres, dont le Musée national d’histoire et d’art possède un exemple.

Avant de clôturer ce parcours artistique, je voudrais signaler que Charlotte Engels a participé en 1988 au concours pour le monument commémoratif de la Grande-Duchesse Charlotte. L’artiste a tenté de fixer, d’une manière très sobre, le moment des retrouvailles de la souveraine avec son pays en 1945. Hélas le projet de cette artiste luxembourgeoise n’a guère été retenu.

 

 

 

Linda Eischen

 

 


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