21/03/1997 19:17 Alter: 22 yrs

L'église Saint-Nicolas et les fouilles de la rue du Marché-aux-herbes et de la rue Reine

Kategorie: 54/1997 - Krautmarkt 54/1997 - Krautmarkt

?L'archéologie au coeur de la ville Du 22 octobre 1996 au 17 février 1997, la partie de la rue du Marché-aux-Herbes située devant le Palais Grand-Ducal et la Chambre des Députés s'est transformée en vaste chantier archéologique, visant à. analyser les vestiges de l'ancienne église pa-roissiale Saint-Nicolas, rasée au 18e siècle. Les recherches archéologiques dans la rue de la Reine, située à deux pas, ont pris la relève depuis la fin janvier 1997, et portent sur le mur d'enceinte, le fossé et les maisons médiévales. Les renseignements escomptés des deux chantiers sont pour ainsi dire complémentaires. L'e'sfise Saint-cofas et Ces fouilles de fa rue du Marché-aux-Serbes et de fa rue de fa Reine La fin des travaux étant prévue pour la mi-avril 1997, les recherches se seront donc déroulées au milieu de la saison hivernale (pluies interminables, froid record, sol gelé...). Comme il s'agit de ce qu'on appelle communément une fouille de sauvetage ou bien d'urgence, nous avons dû composer avec ces conditions climatiques défavorables et accepter des délais très serrés. Les fouilles effectuées en 6 mois, dans les délais imposés, auraient aussi bien pu durer 1 à. 2 ans dans des conditions «normales» de travail. Grâce à. la bonne volonté de toutes les parties concernées, et notamment de l'Administra-tion des Bâtiments Publics, qui finance les travaux, et du Service de la Voirie de la Ville,Photo: Christof Weber qui a accordé le délai nécessaire aux fouilles, il a été possible de respecter un calendrier aussi contraignant. La fouille de sauvetage avait été rendue nécessaire suite â. la décision de la ville de procéder au remplacement des réseaux souterrains d'utilité publique suivi de l'amé-nagement en zone piétonne de la place située devant l'ensemble architectural Palais Grand- Ducal et Chambre des Députés. Sans la programmation préalable de fouilles archéo-logiques, des travaux de cette envergure se traduiraient inévitablement par une destruc-tion du patrimoine historique souterrain. Or l'analyse archéologique est susceptible de répondre à un certain nombre de questions laissées ouvertes par l'interprétation des seules sources écrites. Et le sous-sol de cette place, située au centre de la ville médiévale, est particulièrement riche en ren-seignements historiques. Cette zone-clé offre l'avantage unique de regrouper dans une exceptionnelle unité tous les éléments constitutifs d'une ville médiévale, c.-à-d. les remparts, l'église paro-issiale, l'hôtel de ville et les demeures bourge-oises. Par son étendue ? plus de 2000 m2 ? elle repésente la dernière chance d'analyser en plein centre ville, un espace cohérent non encore perturbé par des constructions modernes, telles des parkings souterrains (p.ex. la place du Knuedler). La chapelle Saint-Nicolas et le choix du terrain à bâtir. Du nouveau au sujet du Novum Forum... «(..) quandam cape/lam in novo foro de Lucelburg scilicet in allodio meo et assensu meo a quondam cive Heczelone in honore dei et beati Nico/al constructam». (extrait du cartulaire de l'abbaye Munster) Le premier édifice religieux mentionné en 1166 dans la charte de donation de Henri, comte de Luxembourg et de Namur, «une certaine chapelle construite avec mon assen-timent sur le nouveau marché de Luxem-bourg dans mon alleu par un certain bour-geois Hezelon en l'honneur de Dieu et du Bienheureux Nicolas», n'a pas été implanté sur un terrain vierge de toute occupation. En effet, les fouilles ont révélé, sur un espace réduit, un nombre impressionnant de structures d'habitat en bois (fosses, trous de poteau...) du 10e/12' siècle. Deux grands fours (à métaux?) renvoient au caractère arti-sanal du quartier, et le danger d'incendie lié à. ces activités explique sa situation quelque peu excentrique. Des trouvailles analogues dans l'îlot du Rost, fouillé en 1990/1991, permet-tent de penser que le tissu pré-urbain s'éten-dait à partir de l'église Saint-Michel jusqu'au Marché-aux-Herbes de façon continue, et ceci le long de la rue de l'Eau actuelle. L'église Saint-Nicolas située au Novum Forum, et l'en-ceinte du 12 siècle. Détail du plus ancien plan de la ville de Jacob de Deventer (vers 1560). Quelles étaient les caractéristiques du quartier du futur Marché-aux-Herbes en 1166? II est explicitement désigné comme nouveau marché, par opposition à. l'ancien, situé autour de l'église Saint-Michel. Il se trouve alors en dehors du bourg castrai et sera englobé à la fin du 12' siècle par le mur d'en-ceinte. Il s'agit d'un quartier au statut privilégié, échappant quelque peu au contrôle du comte. Des initiatives privées ? telle la construction d'une chapelle sur les terres du comte ? y sont tolérées. Nous ne connaissons pas grand chose sur la composition sociale du quartier, mais le choix du patronyme Saint-Nicolas souligne le caractère marchand de la population, qui compte parmi ses habitants nombre de familles d'échevins à. partir du 13' siècle. Grâce au prestige et à. l'importance sociale des riches commerçants, nobles et échevins, le quartier gagne de plus en plus en impor-tance et contribue à l'essor de la ville. L'église Détail du choeur de la chapelle primitive de Saint-Nicolas. (Photo: François Reinert) 11 La première source écrite qui mentionne l'église Saint- Nicolas et le Novum Forum. Section Historique de l'Institut Grand-Ducal, dépôt aux Archives Nationales Luxembourg. aorte rit- Fouis no citetitaavna t.t.to 'eafeter. tletutillaarmonbatn. tic nefeunutfaut RAIMU plaibtat ? yettnitoninwen /tuas manette anfots lm (tantale tgrtmAte -jutas inetur anst <1 torriveet ritr tqceSiftt-Rrtnttle tuus ente° refonte ittrite trtop -terit-. najAVVerttelt- 4e:elfe) lan I4 Ir/laite tartan-4 our ancrent -mut Comtno ta+, f't ' ? 4e &7111t1,)S - Lw 1,, " f ? ' , 7 .., , 1, ,,..- .,. e , t ftt 1,0116 , .. 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Wurth-Majerus, L'ancienne église Saint-Nicolas de Luxembourg. Ons Hémecht 43, 1937. 1 ancienne chapelle 2 choeur et tour 3 sacristie 4 avant-corps 5 chapelle St. Firmin ou St. Clément Plus tard St. Adrien 5' chapelle de la purification de la Ste. Vierge 6 mausolée des barons de Schengen-Soleuvre 7 chapelle de St. Jean Népomucène 8 mausolée Roberty-Tally 9 chaire de vérité 10 escalier du jubé 11 maître-autel St. Nicolas 12 autel Beatae Mariae Virginis 13 autel de la Ste. Croix 14 autel St. André 15 autel Ste. Anne 16 autel St. Bartholomé 17 autel St. Antoine 7 18 autel St. Adrien 19 autel St. Jean Népomucene 20 autel de la purification de la Ste. Vierge 21 fonts baptismaux 22 bénitier 23 confessional paroissiale Saint-Nicolas devient vite très populaire, et est richement dotée, de sorte que l'on peut compter une douzaine de fondations d'autels jusqu'à sa destruction. II n'est pas étonnant de voir ce quartier accueil-lir l'Hôtel de Ville à partir du 15e siècle. Le point final de cette évolution est la construc-tion en 1572 d'un nouvel Hôtel de Ville (l'ac-tuel Palais Grand-Ducal). Ce n'est qu'à partir de la deuxième moitié du 17e siècle que l'élite bourgeoise commence à. délaisser ce quartier dont l'exiguïté commence à. peser sur ses possibilités d'expansion. L'aspect du bâti de ce quartier a dû être assez clairsemé au début et constitué essen-tiellement de bâtiments en bois. Ce n'est qu'à partir du 14e siècle que des bâtiments en pierre ont dû être érigés en plus grand nombre. Mais nous n'avons une idée plus précise des constructions du quartier qu'a partir du 16e siècle, et ceci notamment par le plan Deventer de 1560. Progressivement, et surtout à. partir de la construction de la troisième enceinte (deuxième moitié du 14e siècle), l'espace à l'ouest entre l'église et le mur d'enceinte a été comblé par des maisons privées. Cet espace constituait probablement, 12 NORD au début, l'ancienne place du marché, sur laquelle donnait alors l'entrée latérale de l'église curieusement orientée N-S. A partir de la fin du 15' siècle, la place semble avoir été transférée devant l'Hôtel de Ville, au nord de l'église, une évolution qui prend fin avec le terrassement des maisons médiévales situées dans l'actuelle rue de la Reine, après la catas-trophe du 11 juin 1554. Le plan de la chapelle et de l'église Saint-Nicolas: mise à. jour de nos connaissances Les renseignements tirés des récentes fouilles et les données fournies par les sources écrites, les plans et les gravures anciennes sont largement complémentaires. Ainsi, les fouilles permettent de préciser le plan de l'église, d'identifier et de séparer les dif-férentes phases de construction et d'en établir une chronologie relative. Pour les dates plus précises, ainsi que pour des renseignements sur son aspect en élévation ? nombre de fenêtres, ornementation interne et externe, hauteur ?, et sur ses chapelles latérales (Saint- witv N N ' ' Le nouveau plan de l'église Saint-Nicolas d'après les résultats des fouilles d'octobre 1996 - janvier 1997 (Plan: François Reinert et Geotop S.A.). "C"\\ Ks, Couleurs plan: jaune: perturbation réseau d'utilité publique souterrain bleu clair: phase de construction 13"/14" siècle bleu foncé: phase de construction 17 siècle brun: tombes Adrien, Saint-Jean de Népomucène) situées en majeure partie sous les bâtiments de la Chambre et du Palais actuel, il faut se référer aux sources écrites. Nous nous limitons ici, surtout, à. la partie de l'église qui a pu être fouillée. Ainsi, avant d'entamer les fouilles, on savait que la chapelle primitive, mentionnée pour la première fois en 1166, a dû être construite vers 1140. Les recherches archéo-logiques ont permis d'identifier la structure jusque-là inconnue d'un édifice à entrée latérale. Son axe est curieusement aligné N-S, tandis que prévalait l'orientation O-E. Bien que de dimensions assez modestes (la nef ayant un peu plus que 80 m2), elle était déjà dotée d'une crypte sous son choeur à abside. A cette époque, la chapelle était un des rares bâtiments construits en pierre, dans un envi-ronnement largement caractérisé par des constructions en bois. Selon les sources écrites, elle reçut un premier agrandissement du côté sud en 1249 (donc immédiatement après la charte d'af-franchissement de la ville de 1244) par l'ajout d'un choeur et d'une tour, ainsi que d'une sacristie latérale. Les fouilles ont montré quela chapelle fut tout simplement rasée et remplacée par une église digne de ce nom qui, malgré des dimensions plus généreuses et des fondations massives d'un mètre de large, reste assez petite. La nef, haute de 11 m, occupe désormais 171 rn2 (9 x 19 m). Elle garde sensiblement la même orientation N-S, avec une entrée latérale. L'église est carac-térisée par un vaste choeur A abside (qui occupe une surface égale A la nef de la chapelle primitive), sur lequel s'appuie la plus haute tour de la ville. Elle se trouve alors située immédiatement derrière l'une des entrées principales de la ville, la porte de la rue de l'Eau, de sorte que son choeur et sa tour impressionnante étaient ce que l'on apercevait d'abord en entrant dans la ville. Cet agrandissement de l'église est un signe de l'essor démographique de la ville, du succès du nouveau quartier, et surtout des moyens financiers des bourgeois dont la ville vient de se voir accorder sa charte d'affran-chissement. Elle était apparemment perçue comme l'église des bourgeois, par opposition A Saint-Michel, l'église du comte. Le signe le plus évident de cette nouvelle fierté bour-geoise est la tour-beffroi qui s'appuyait en partie sur le choeur. Ses 30 m en faisaient la plus haute de la ville, de sorte que l'on peut aisément l'identifier sur les gravures de la ville partir du 16e siècle. Elle abritait des cloches, une horloge (A partir du 16e siècle) et était même dotée d'une maisonnette servant de logement au veilleur, chargé de donner l'alarme en cas d'incendie ou à. l'approche de l'ennemi. Après cette dernière grande phase de construction, on se contenta de changer des détails (des murs en élévation p.ex.), qui n'ont laissé que peu de traces archéologiquement détectables dans les fondations. Ainsi, de 1360 A la fin du 15e siècle, le soin porté A l'aménagement intérieur de l'église se traduit par la fondation d'au moins 6 autels différents, et par la construction de la future chapelle Saint-Adrien. En 1497, l'église est transformée par Henri Hoecklin de Steinach, secrétaire de l'Empereur Maximilien. Sa maison (l'actuel restaurant Poêle d'Or), se situait A côté de la face nord de l'église. Côté nord, la nef fut prolongée de 2 mètres, munie d'une nouvelle façade et d'une nouvelle porte d'entrée prin-cipale, mais l'ancienne porte latérale fut conservée. Les fondations massives des 2 piliers d'entrée ont pu être identifiées lors des fouilles, mais la faible largeur du nouveau mur indique qu'il s'agissait surtout d'une entrée d'apparat. Le soin porté A l'église Saint- Nicolas n'était pas sans arrière-pensée, sa maison étant en effet située juste à. côté de l'église, dans le prolongement de la nouvelle entrée. Il érigeait ainsi un monument A sa gloire et se posait en bienfaiteur du quartier. La mort au centre-ville : les tombes de l'église Saint-Nicolas La découverte la plus spectaculaire, A en juger par les réactions des nombreux visiteurs du chantier, furent sans aucun doute les nombreux ossements humains. Il faut savoir que la mise A jour de restes humains au centre de la ville actuelle, A deux pas de la Chambre des Députés et du Palais Grand-Ducal, est propre à. enflammer l'imagination du grand public. Cependant, malgré bon nombre d'idées reçues, il ne s'agit nullement des morts enterrés au sein du cimetière qui jouxtait l'église, mais de notables inhumés A l'intérieur de l'église. En fait, il n'y avait là rien d'excep-tionnel, puisque la coutume d'enterrer les Vue d'ensemble des tombes de l'église Saint-Nicolas. (Photo: Christof Weber, MHV) Les tombes des chapelles latérales, en partie englouties par les fondements du Palais et de la Chambre. (Photo: Christof Weber, MHV). défunts dans l'église ne fut abolie que par le décret impérial du 29 avril 1778. Environ soixante tombes individuelles ont été découvertes, ce qui est assez éton-nant, puisque normalement elles auraient dû être transférées au nouveau cimetière Saint- Nicolas du Limpertsberg, selon le cahier des charges de l'entrepreneur Jacques Post. Elles datent en majeure partie du 17e/18' siècle, et leur disposition systématique laisse supposer la perte d'inhumations antérieures. En effet, elles s'ordonnaient sur sept rangées du côté nord, près des chapelles, sur un espace réduit de 100 m2, ce qui donne une idée de l'exiguïté des lieux. L'espace entre les différentes tombes se réduisait à. quelques dizaines de centimètres, et la profondeur de la cavité dans laquelle était posé le cercueil en bois ne Une tombe multiple située dans les chapelles latérales. (Photo: Christof Weber, MHV) 13Monnaies découvertes dans les vestiges de l'église Saint-Nicolas. Demi-liards en cuivre frappés a Bruxelles en 1759/60, resp. en 1783. (Photo: Christof Weber MHV) Détail des tombes de la nef de l'église avec offrande monétaire au milieu. (Photo: Christof Weber, MHV) dépassait guère 50 centimètres. Si on ajoute, qu'à plusieurs reprises, deux squelettes ont été trouvés dans une seule et même tombe, cela indique que l'espace à l'intérieur de l'église réservé aux inhumations était trop limité pour un nombre moyen de 6 inhuma-tions par an au 17e siècle. Les ossements des défunts étaient exhumés des tombeaux au bout d'une dizaine d'années et transférés, en partie, dans des fosses à. l'intérieur de l'église faisant fonction d'ossuaire. Ces tombes appartenaient aux familles et faisaient occa-sionnellement l'objet d'une vente. Les morts étaient en général orientés N-S, avec la tête orientée au nord vers le choeur et avec les mains jointes en signe de prière. (cf. Jacques dit Mont). Seulement quelques corps étaient orientés dans le sens inverse, la tête tournée vers la nef, ce qui permettrait de les identifier comme membres du clergé. Un changement notable dans l'orientation des tombes intervient dans la chapelle Saint-Adrien, où le point de référence, le choeur de la chapelle, est bien évidemment plus important que celui du choeur principal. Les tombes sont parfaitement anonymes puisque les pierres tombales ont été enlevées et recyclées avant la destruction de l'église. En guise d'offrande funéraire, on trouvait Pierre tombale de Jacques dit Mont, mort en 1315, provenant probablement de l'église paroissiale de Saint-Nicolas. Section historique de l'Institut Grand- Ducal, dépôt au MHV. (Photo: IMEDIA) dans la plupart des tombes des objets banals tels que des petites croix en bronze et des médailles de pèlerinage, et plus rarement un chapelet. Si la présence de monnaies n'est pas non plus exceptionnelle, elle est cependant plus intéressante, puisqu'il s'agit de la survi-vance d'un rite païen déjà pratiqué par les Grecs et communément interprété comme obole servant à payer Charon. Par contre, les bijoux (à part une bague en or), et même les boucles de ceintures et les boutons, assez fréquents dans la parure vestimentaire de l'époque, font presque entièrement défaut. Ce qui nous permet de suggérer que les morts étaient enterrés pour ainsi dire nus, enve-loppés dans un simple linceul, fermé par des aiguilles en bronze (dont nombre ont été trouvées lors des fouilles...). Il faut avouer qu'il n'est jamais agréable de déterrer des morts, même à. des fins archéologiques. Lors des visites guidées, il arrivait que des personnes, dont des aïeux avaient été enterrés là, manifestent leur émotion. Cependant, dans ce cas précis, l'autre solution aurait été de laisser les pelles mécaniques faire leur travail de terrasse-ment... Après l'analyse des ossements visant identifier âge, sexe et maladies éventuelles, ils seront de nouveau confiés à. la terre, peut- être bien au «Nikloskiirfecht» au Limperts- berg. Les traces de la vie médiévale dans la rue de la Reine Le 11 juin 1554, la foudre provoque l'ex-plosion d'une importante réserve de poudre entreposée dans les combles de l'église des Cordeliers («Knuedler»). Le feu qui s'ensuivit détruisit alors toute la ville haute et ravagea particulièrement les maisons de l'époque médiévale du quartier. Une place bordée de bâtiments de style renaissance naît des Vue d'ensemble de la première partie du chantier de la rue de la Reine. (Photo: François Reinert)Fouille de la rue de la Reine, février 1997. Détail d'une cave gothique du 14' siècle. cendres de ce quartier. On y construit l'actuel Palais Grand-Ducal (1572-73) et la maison de Raville de 1575. La rue de la Reine actuelle devint alors une nouvelle place, adossée contre le mur de la deuxième enceinte, et sera mentionnée en 1631 comme «une nouvelle rue devant la maison de ville vers l'entrée des Cordeliers». Il s'ensuit pour la recherche archéolo-gique que les objets de la vie quotidienne et les structures d'habitat engloutis dans cette Pompéi à la Luxembourgeoise sont nécessai-rement antérieurs au début du 17e siècle. Pour les archéologues cette rue est particulière-ment intéressante parce qu'elle n'a jamais connu de transformations majeures depuis cette époque, de sorte que les traces que laisse la vie humaine dans le sous-sol (latrines, fosses à. ordure, caves,...) ont pu être assez bien conservées. Il y a donc ici quelques analogies avec la place de l'église Saint-Nicolas, mais les trésors de son sous-sol étaient bien moins connus, de sorte qu'en enlevant la couche de macadam, on pouvait s'attendre à quelques surprises. La seule donnée connue était la présence du mur et du fossé de l'enceinte supposée du 12e siècle. Encore fallait-il les localiser exacte-ment. Il semble que le fossé, large d'une vingtaine de mètres et profond de quelques mètres seulement, s'arrête aux abords de la rue du Fossé actuelle. Il est vierge de toute construction, ce qui nous incite à. croire qu'il a dû être comblé tardivement et en tout cas pas immédiatement après que la construction de la troisième enceinte à partir de la deuxième moitié du 14e siècle l'a rendu inutile (d'ailleurs toutes les maisons construites sur son tracé sont assez récentes). Le mur d'enceinte, dédoublé en fait, occupe quant à lui une largeur de 2 m, et des structures d'habitat mineures et tardives, telle une latrine, y sont accolées. Le plus étonnant fut de trouver, l'intérieur de l'enceinte, vis-à-vis du palais, non pas une maison de grande taille, mais deux petites constructions et leurs annexes (rez-de-chaussée, citerne-puits, latrine). La surface identique des caves, qui ne dépassent pas 16 m2, semble indiquer une distribution régulière des parcelles. La date de construc-tion des caves, du 14'-15e siècle, nous incite à. croire à. une répartition systématique et uniforme du parcellaire à. cette époque, liée à. une forte poussée démographique. Une latrine médiévale du chantier de la rue de la Reine. (Photos: François Reinert) Détail du mur d'enceinte du 12e siècle de la rue de la Reine. Pierres de taille formant un encadrement de fenêtre gothique trilobée trouvées dans les remblais de la cave de la rue de la Reine. (Photos: François Reinert) La destruction au 18' siècle d'un monument médiéval La démolition de l'église Saint-Nicolas «d'un goût pesant et irrégulier» (Merjai) et de taille assez modeste est décrétée le 2 juillet 1777 et achevée en 1779. Une des grandes inconnues avant le début des fouilles concer-nait l'état de conservation des vestiges. On aurait pu s'attendre â. trouver des éléments d'architecture sculptés, des pierres tombales, des fragments de la décoration intérieure, des éléments de revêtement du sol .... Or, il n'en fut rien, au contraire. Même les murs des fondations avaient été pillés et on n'a retrouvé nulle part le niveau du sol de l'église. Comme si on s'était acharné à. faire disparaître la moindre trace de ce bâtiment religieux. Comment est-il possible qu'une église paroissiale qui a servi depuis le 12e siècle comme point de référence et d'identification tout un quartier, ait pu disparaître sans laisser de traces dans la toponymie? Il faut mentionner l'effet conjugué de plusieurs facteurs. En fait, elle était déjà plutôt délaissée et insuffisamment entretenue depuis un certain temps (la seule modification majeure depuis la fin du 15e siècle ayant été la construction de la 1516 chapelle Saint-Jean Népomucène en 1719), de sorte qu'elle menaçait ruine depuis le milieu du 18e siècle. L'absence des anciennes familles aisées, puissants donateurs de l'ég-lise, se faisait de plus en plus sentir. Ils avaient en effet commencé à. délaisser le quartier à. partir du 17e siècle, laissant la place à. de nouveaux venus qui n'avaient plus leurs morts dans l'église. Son caractère médiéval sinistre ne corres-pondait plus à. l'esprit du Siècle des Lumières, de sorte que l'on préféra la remplacer par une place. Par ailleurs, sa tour devait elle aussi être remplacée par un nouveau beffroi. Finalement, un décret impérial de 1778 interdisant d'enterrer les défunts à. l'intérieur des églises rompt avec une tradition ances-trale et facilite le transfert des corps déjà enterrés, découverts lors des travaux de destruction, au nouveau cimetière près du Glacis, le nouveau «Nikloskiirfecht». Néanmoins, la destruction de l'église paroissiale Saint-Nicolas ne s'explique que par l'existence d'une solution de remplacement. Il se trouve qu'A deux pas de l'église Saint- Nicolas se situe l'ancienne église collégiale des Jésuites, abandonnée depuis 1773, après l'in-terdiction de l'ordre des Jésuites. On transféra donc droits, possessions et mobilier vers la future cathédrale, qui prit le nom de Saint- Nicolas (qui trône encore toujours sur la façade) et Sainte-Thérèse. Cette église spacieuse et «moderne», datant du début du 17' siècle, convenait en effet plus aux besoins de la paroisse Saint-Nicolas, sans cesse agrandie depuis le Moyen Âge, que la petite église du Marché-aux-Herbes, dont les 170 rn2 de surface de la nef ? la surface d'un loge-ment quatre pièces actuel ? étaient encom-brés de monuments funéraires, de tombes, d'autels et autre mobilier ecclésiastique (chaire à. prêcher, confessionnaux). Enseigne de pèlerinage de Notre-Dame, en provenance d'une tombe. Bronze, fin 17' siècle. (Photo: Christof Weber, MHV). Les fouilleurs: l'équipe de choc du chan-tier archéologique. (Photo: François Reinert) Epilogue et bilan Le but essentiel de nos analyses a été de documenter des structures d'habitat qui étaient destinées à. disparaître sans laisser de traces. Pour répondre aux critiques de ceux qui pensent que de telles recherches consti-tuent une perte de temps et d'argent, signa-lons que les fouilles du Marché-aux-Herbes, côté de leur intérêt purement scientifique et théorique, intéressent aussi un public plus large. Ainsi, les résultats de nos recherches auront une certaine incidence sur l'aménage-ment de la nouvelle place du Marché-aux- Herbes: le plan de l'église sera indiqué de façon discrète dans le revêtement de sol, et ceci en fonction de la situation réelle des vestiges. En outre, nous avons essayé de donner accès ? dans la mesure du possible ? aux personnes intéressées, en leur permettant un contact direct avec notre passé médiéval, dans le cadre d'un programme de visites guidées (pendant les vacances de Noël) en collaboration avec le Musée d'Histoire de la Ville. Quelques 700 personnes ont ainsi pu s'informer sur l'histoire de l'église Saint- Nicolas, d'autres ont été sensibilisées par l'écho plus que favorable que les fouilles ont rencontré dans les médias. Nous espérons que les services intéressés de «notre ville» ainsi que de l'Etat sont désor-mais convaincus de l'utilité et de la nécessité de travaux de ce genre, propres à. valoriser la ville en éclairant son passé. Preuve est faite qu'il est possible de concilier les contraintes d'un chantier archéologique et celles d'un chantier de construction. La collaboration amorcée entre le Musée National d'Histoire et d'Art, sous la tutelle scientifique duquel ont lieu les chantiers archéologiques et du Musée d'Histoire de la Ville, devrait simplifier à. l'avenir de pareilles entreprises. François Reinert Archéologue, responsable du chantier de fouilles Bibliographie succincte ? La ville de Luxembourg: Du château des comtes à la métropole européenne: édité en 1994 sous la direction de Gilbert Trausch; ? Michel Margue: Du Château à la Ville: les origines; p. 47 ss.; ? Michel Pauly: Le bas Moyen-Age. Chances et handicaps d'une ville et de ses habitants; p. 61 ss.; ? François Reinert: Ein gotisches Wohnhaus in der Wassergasse. Archäologische Aufschlüsse zur Geschichte der Stadt Luxemburg im Spätmittelalter. Ons Hémecht 43, 1991, 15-54; ? Paul Wurth-Majerus. L'ancienne église Saint-Nicolas de Luxem-bourg. Ons Hémecht 43, 1937. Visite guidée par l'archéologue pour des écoliers du primaire sur le chantier de l'église Saint-Nicolas. (Photo: Christof Weber, MHV)


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