08/06/2004 15:49 Alter: 15 yrs

La naissance d'une ville

Kategorie: 76/2004 - Altstadt 76/2004 - Altstadt

?Regards sur son patrimoine monumental et archéologique T a vieille ville de Luxembourg qui i s'est développée a partir de l'éperon rocheux du Bock, siège administratif et politique des comtes de Luxembourg, est généralement considérée comme le berceau de la ville de Luxembourg. Parmi les lieux vedettes figurent aussi l'église millénaire Saint Michel et le cloître du couvent dominicain adjacent, la maison «Ënnert de Steiler» avec sa façade gothique flamboyante et le pâté de maisons avoisinant, plusieurs riches demeures bourgeoises et nobiliaires, de nombreuses petites rues du quartier où se déroulaient maintes activités artisanales ainsi que des places et quelques endroits de choix qui accueillirent au fil du temps la Maison communale, le Conseil provincial, l'Hôtel du gouverneur et le Palais grand-ducal. 20 82 1935 La naissance d'une villeLes catastrophes changent la ville L'histoire est jalonnée d'épisodes divers liés aux changements de souveraineté et quelques catastrophes de taille qui sont â. l'origine de nombreuses reconstructions. Ainsi, le terrain en forme d'éventail par-tant de l'éperon rocheux vers ses limites à. l'ouest du côté de la Grand-Rue, a connu de nombreux ravages d'incendie au Moyen Âge, en partie rapportés par les chroniques en 1509 et 1554. Ensuite il y eut les deux grands sièges militaires du milieu du XVI' siècle et des années 1683-1684. Le perpétuel renouveau de la cité a également laissé peu de traces de son aspect médiéval. Notre vieille ville reconstruite au fil des siècles est donc le résultat d'un passé très mouvemen-té: son patrimoine architectural reflète d'avantage les XVIII' et XIX' siècles que les temps médiévaux. De la ville dessinée la ville construite Pourtant l'aménagement des rues, le tracé radial et concentrique du réseau des routes, partant du château-fort jusqu'aux anciennes portes de ville, reste gravé dans le tissu urbain. En effet, l'unité territoriale que repré-sente la vieille ville correspond à. la ville médiévale planifiée et fortifiée du XI II' siècle. Le rempart doté de tours et de portes s'ins-crivait en forme d'un segment de cercle qui part des actuels Trois Tours côté nord jusqu'à la porte «Cleyn Smytges» au Bredewee, porte sise sur la promenade de la Corniche; les actuelles rues côté d'Eich, rue du Fossé et place Clairefontaine se trouvaient hors la ville. L'enceinte médiévale se fermait du côté de la vallée de l'Alzette et se dirigeait vers le château-fortce qui laisse supposer que la for- tification, du côté de la vallée, était moins élaborée à cause de la protection naturelle du rocher escarpé. De plus, les recherches archéologiques et historiques de la dernière décennie menées sur la construction de l'enceinte médiévale ont permis de rejeter définitive-ment la date de 1050 avancée traditionnel-lement quant â. la fondation de la ville forti-fiée de Luxembourg, parce qu'elle n'est confirmée par aucun document historique. Avec certitude, la fortification de la ville médiévale érigée â. l'endroit décrit ci-dessus a été construite lors du dernier quart du XII' siècle, donc peu avant 1200. Un segment de ce mur peut d'ailleurs être visité dans la cryp-te archéologique qui se trouve sous la rue de la Reine. Un rempart, expression urbaine par excellence d'une ville médiévale, sépare la population bourgeoise vivant à l'intérieur de l'enceinte de la population vivant à l'exté-rieur. Aussi, l'existence du mur d'enceinte de la ville de Luxembourg est à mettre en rap-port avec la naissance d'un nouveau quartier, le «Novum Forum» qui comprenait l'église Saint Nicolas, disparue et fondée jadis par le bourgeois Heccelo avant 1166. Ce quartier englobe actuellement la Chambre des Dépu-tés, le Palais grand-ducal et la place du Mar-ché-aux-Herbes. C'est à. l'emplacement de l'actuel Palais grand-ducal que se trouvait au XVe siècle la maison communale. Un travail de cartogra-phie basé sur les résultats des fouilles publiées récemment sur la vieille ville a enfin permis de préciser le tracé exact du rempart médiéval. Ce document retient la forme pri-mitive des plans des églises Saint Michel et Saint Nicolas ainsi que quelques formes d'ha-bitation qui à cette époque ressemblaient des tours. On voit également sur ce plan, l'empri-se du Vieux Marché sur lequel se trouvait le pilori médiéval et aux abords de laquelle se trouve l'église Saint Michel. Cette grande place rectangulaire a été réduite à. une simple rue au début du XVII' siècle. Les activités mercantiles se sont délogées suite au mou-vement de réaménagent du quartier qui a commencé au début du XVI' siècle alors que jusqu'à cette date l'activité économique de la vieille ville tournait autour du noyau central qu'était le Vieux Marché, ce que le quartier rappelle par son nom: de «Fêschmaart». Délogée après 1760, la place du Vieux Mar-ché se situe aujourd'hui devant l'entrée du Musée national d'Histoire et d'Art. Une rue médiévale récemment découverte Les fouilles archéologiques réalisées en 2003 et 2004 par le Fonds de rénovation de la Vieille Ville derrière l'ancienne Clinique Saint Joseph, précisément dans la descente du «Schéieschlach» ? il s'agit du passage voûté qui débouche sur la rue Wiltheim ? apportent de nouvelles données. Elles ont permis de mettre au jour, sur une superficie d'environ 750 m2, un quartier médiéval traversé par une rue en pente (20%) d'une largeur d'environ 2,50 m. Cette rue assure la jonction entre la vieille ville, le château-fort et la vallée du Pfaf- fenthal notamment le quartier nommé sui-vant son moulin: Morfelzmühle. Les fouilles ont été documentées grâce la technique de scannage du site en trois dimensions, ce qui permet de revisiter le site aujourd'hui sur écran ordinateur. Cette rue méconnue jusqu'ici s'oriente parallèlement à. la place du Vieux Marché. Il s'agit d'un indice supplémentaire plaidant en faveur de mesures de planification entre-prises à a fin du XII' siècle. Henri IV, comte de Namur et de Luxembourg, père de la future comtesse Ermesinde aurait été à. l'origine de cette entreprise. Le comte avait sans doute jugé la situation existante peu ordonnée et devait avoir reconnu la nécessité de remettre de l'ordre au moment de l'expansion de la ville naissante. Au début du XIII' siècle, lavilie est en plein essor et la communauté citadine 21' Le aSchéieschlach» commence avec un passage voûté pour traverser l'ancienne maison du peintre luxembourgeois Kutter (6, rue Wiltheim) et se termine en impasse sur le haut du mur de forteresse du boulevard Thorn. Récemment ce site est devenu le théâtre de l'une des découvertes les plus spectaculaires en matière d'archéologie urbaine: une rue médiévale bordée de murs d'au moins de 2 mètres de hauteur apporte le témoignage d'un quartier artisanal qui reliait le quartier du Vieux Marché au château-fort et au faubourg du Pfaffenthal. I. Fouille archéologique du chateau comtal (Bock) 2. Fondation de l'église Saint-Michel (Saint-Sauveur) 3. Fouille archéologique rue du Marché-aux-Herbes (Eglise Saint-Nicolas) 4. Tour médiévale d'après un levé dressé en 1734 par l'ingénieur Delaing 5. Fouille archéologique Marche-aux-Poissons ..Conseil 6. Maison .,Nimax., archéologie du sol et du bâti 7. Fouille archéologique 416t du Rost» 8. Fouille archéologique .,Chambre des Députés, 9. Fouille archéologique et analyse du bati ,Musée de la Ville de Luxembourg.,11711:5 Whe. La première enceinte en pierre (1170,-1190) 10. Porte «rue Large. 18, 11. Porte dite «Ovalspforte« 19. 12. Tour dite «Mohr de Waldo.. 20. 13. Porte double (Hot de Clairefontaine) 21. 14. Tour avec changement de direction 22 . des courtines 23. 15. Fouille archéologique «rue de la Reine« 24. (préservée / accessible) 25. 16. Tour supposée 17. Partie des courtines découverte lors de la 26. construction de l'immeuble dit «Settegast« 27. Tour existante Porte double dite «Achtpforte« (Dierfchen) Tour existante Tour supposée «Trois Tours« Fouille archéologique «rue de la Boucherie« Partie des courtines (10 ,rue Wiltheim«) Fouilles archéologiques dans les Maisons «Printz« et «Risehard« Sondage en contrebas du -Bock. Sondage «Marché-aux-Poissons« Etude et réalisation archéo-topographique: John Zimmer Plan photogrammétrique de la fouille «clinique Saint Joseph» MEN Urbanisation d'après le plan de Gougeon de 1691 Equidistance des courbes de niveau m L'interpolation pour le calcul de terrain a été réalisée au niveau du rocher naturel Afzette =:] Sondages et fouilles archéologiques non publiés 1 Fouilles archéologiques publiées MME Strueturesaux alentours de 1200 MM Structures complétées La rue ni&liévale récemment trouvée-0 24 Une promenade dans les ruelles de la vieille ville demande parfois un oeil averti pour découvrir quelques indices rares de notre patrimoine construit. Notons les phases de construction de l'église Saint Michel, l'Homme Sauvage issu des fables du XV siècle trônant sur une auberge fermée et l'écusson du prévôt de Luxembourg résidant dans la maison 8, rue Wiltheim au Bas Moyen-Age. prend de plus en plus en charge des taches administratives et judiciaires. La rue découverte était l'un des deux accès directs entre le chateau-fort et la place du Vieux Marché. En effet, une jonction directe et droite n'existait pas, ce qui renvoie peut-être aux répartitions des terres entre les grands propriétaires fonciers de la région, au début du Moyen Âge. Force est de constater que la rue médié-vale drainait le commerce et qu'elle était bor-dée de maisons d'artisans. La découverte de plusieurs pierres à. aiguiser indiquerait le tra-vail du coutelier, du forgeron ou du boucher. Les plombs attachés aux draps, sous forme de sceaux servant de certificat d'origine et de qualité, indiquent l'activité des drapiers. Les outils abandonnés au cours du XVe siècle lais-sent supposer une régression de l'activité du site qui s'amplifia avec la construction du mur de la forteresse le long de l'actuel boulevard Thorn au milieu du XVI' siècle. Amputer de cette manière la vieille ville de l'un de ses accès principaux était un acte radical aux lourdes conséquences pour la vie d'un quar-tier quand l'incendie ravageur de 1509 avait détruit quelque 180 maisons amorçant sans doute le déclin du quartier. La tendance s'amplifia avec l'implanta-tion du bastion du chateau, devant l'église Saint Michel, juste en face du site du châ-teau-fort et la construction des murs de cour-tine. Ces mesures de défense transformèrent le quartier en ville imprenable. Ce prestigieux quartier garda toutefois ses lettres de noblesse au cours des Temps Modernes. Le quartier mercantile se trans-forma en siège des institutions administra-tives et judiciaires du pays. Y siégeait notam-ment le Conseil provincial, quelques de-meures prestigieuses hébergeaient les famil-les de notables et de magistrats, la maison du gouverneur, occupée en premier par le gou-verneur Pierre-Ernest de Mansfeld, est enco-re intégrée à. ce jour dans les bâtiments du Palais de Justice. La mémoire de la pierre dans le quartier du Fëschmaart Mais revenons au Moyen Age et aux traces laissées jusqu'à ce jour. Les belles mai-sons avec leurs façades représentatives situées au croisement des rue Wiltheim, Bre-dewee et rue Sigefroi rappellent pour cer-taines ce riche passé médiéval. Les fenêtres trilobées de la maison «Ënnert de Steiler», maison dite «Stijl» au XVe siècle devant laquelle était érigé le pilori et où se dérou-laient les ventes forcées, appartenait l'échevin Jean Chalop au moment où les Bourguigons pénétrèrent dans la ville (1443). II paya de sa vie l'action de vouloir arrêter les envahisseurs. Un siècle plus tard la maison a été dotée d'une belle façade gothique flamboyante intégrant une niche de dévotion avec le groupe Sainte Anne, la Vierge et l'enfant Jésus.Le groupe trinitaire Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant dans une niche gothique de la maison 4nnert de Steiler» Les travaux de rénovation de 1995 ont démontré qu'une vaste salle d'apparat se trouvait au deuxième étage, qui d'ailleurs se prolongeait au niveau du bâtiment voisin. Accueillait-elle les membres de confré-ries, le conseil du magistrat durant les années de ruine de la maison communale? En effet, les maisons bordant le Vieux Marché com-portaient un rez-de-chaussée commerçant, en partie ouvert par de larges baies, un pre-mier étage noble et un étage sous les combles servant soit à la vie privée soit au stockage de denrées alimentaires. Le blé et le foin devaient être mis à l'abri de l'humidité et du froid, par contre, le vin était stocké dans les énormes caves voûtées. Les maisons du Vieux Marché inté-graient un nombre important d'auberges et de confréries: l'auberge «chez Sampson» citée en 1446, celle «A l'ange» (1456), mai-son qui porte ce nom encore aujourd'hui, sise au début de la rue de la Loge, anciennement rue des Merciers. L'auberge «au cheval Blanc» mention-née en 1497 se trouvait à l'angle entre la rue de l'Eau et la rue des Bouchers. Dans la rue Wiltheim, une maison sur-montée de la statue de l'Homme Sauvage rappelle une autre auberge sise en 1484 face aux maisons 6 et 8, rue Wiltheim. La maison 8, rue Wiltheim présente des encadrements de fenêtre portant sur deux écussons les armes de Luxembourg et les ini-tiales PL. Elles pourraient indiquer la résiden-ce officielle du prévôt de Luxembourg. Cette maison présente également une belle cave gothique et un intérieur qui a subi peu de transformations. Les maisons avoisinantes font partie intégrante du Musée national d'Histoire et d'Art et présentent les riches collections d'art décoratif d'histoire et d'ar-chéologie de notre patrimoine après 1500. Sur la place du marché et aux alentours se trouvaient différentes halles de mar-chands. La halle aux blés, la halle des bou-chers, la halle des drapiers, les fours des bou-langers etc. A ces halles se rattachait le corps des confréries. Les familles d'échevins, de justiciers, celle du prévôt, et avant l'appari-tion de cette nouvelle communauté qui s'af-franchit des droits seigneuriaux, les hommes ministériaux. Les artisans comme le barbier ou l'or-fèvre habitaient le Vieux Marché. Leurs outils ont été retrouvés dans l'une des nombreuses latrines aménagées au cours du XVI' siècle au «Schéieschlach». Ainsi, le Vieux Marché était l'endroit où habitaient les bourgeois les plus en vue au cours du XV' siècle. Il était une fois... un comte et une église A l'aspect économique du quartier s'ajoute l'aspect religieux. La place du Vieux Marché et l'église Saint Michel semblent être indissociables. L'église millénaire Saint Michel mériterait d'ailleurs un article à part entière car, exposée aux assiégeants de la ville, elle a subi maints dommages et reconstructions à tel point qu'il fut envisagé de la démolir. L'église Saint Michel est certainement l'une des églises les plus anciennes du terri-toire de la ville de Luxembourg et son archi-tecture affiche une succession de transfor-mations. Sa façade récemment mise sous enduit offre la lecture de trois phases de constructions. L'entrée latérale avec un por-tail en plein cintre comprenant un chapiteau roman intact; les fenêtres allongées et étroites appartiennent à la façade de l'église à une nef, datant du XII' siècle. Les larges baies gothiques datent de 1519. Gravement touchée par le bombardement des troupes de Louis XIV à la fin du XVII' siècle, la construction d'un nouveau porche et d'un clocher devenait indiscutable. Au cours du régime révolutionnaire en 1795, elle a été convertie en théâtre et en temple décadaire. Les origines de l'église Saint Michel, anciennement du patronyme Saint Sauveur de la Sainte Croix et de tous les Saints, sont en fait plus qu'énigmatiques. Les récentes recherches archéologiques avancent l'origi-ne de ce lieu de culte d'au moins trois siècles. Il est en effet possible que la date de sa consé-cration au X' siècle ne corresponde pas à la construction de l'église. Si l'archevêque Egbert de Trèves, une personnalité importante dans l'entourage de l'empereur Othon II, se déplaça le 5 novembre 987 pour consacrer l'église devant Ie château et la chapelle du château du comte Sigefroi - l'église comportait cinq autels avec des reliques prestigieuses qui ne devaient pas manquer d'attirer les pèlerins et le regroupe-ment de fidèles ? elle devait avoir fait office d'église collégiale dans la basse-cour du châ-teau-fort dès la fin du X' siècle et était l'illus-tration du prestige seigneurial. 1910 La population sort de l'ombre Les résidents autour du château-fort devaient être des hommes castraux, cha-noines, pèlerins, commerçants et artisans. Que sait-on de ces hommes qui habi-taient devant le château-fort? Quelques rares et précieuses découvertes archéolo-giques et analyses diplomatiques et paléo-graphiques ont permis d'élargir nos connais-sances sur les débuts de la ville de Luxem-bourg. Depuis la création du Fonds de réno-vation de la vieille ville, les fouilles au «Fësch- maart» se sont multipliées au rythme des tra-vaux de transformation. La charge de l'ar-chéologue étant celle de documenter les sources historiques du sous-sol avant la des-truction irrémédiable. Comme partenaire du Musée national d'Histoire et d'Art, gardien du patrimoine archéologique en sous-sol, il est possible de dresser un premier bilan sur les découvertes datant d'avant la planifica-tion de la ville. L'arrière-cour des maisons 7 et 11, rue de la Boucherie s'est révélée être un gisement archéologique de taille. Dans les deux cas ont été retrouvées des infrastructures liées à l'ac-tivité artisanale de la métallurgie. Elles com-portaient un four en forme de poire, les traces d'une clôture servant de protection de courants d'air, trois réservoirs d'eaux remplis ultérieurement de déchets et une maison excavée dans le sol rocheux. Cet enclos de production présentait sans doute des habi-tats en bois, en argile et en chaume, maté-riaux qui se détériorent facilement. L'atelier semble avoir assuré toute la chaîne de pro-duction passant de la collecte du «Rase- nerz», des fers forts d'alluvions de la vallée de l'Alzette à la fonte du métal jusqu'à la forge. L'enclos des artisans métallurgique est à dater entre le IX' et le XI' siècle. D'autres endroits de la vieille ville apportent comme témoignage de cette époque une latrine dans l'îlot du Rost, un fossé comblé derrière Ie Palais grand-ducal, un ensemble de fonds de cabane sous la place du Marché-aux- Herbes et rue de la Reine. Finalement les fouilles de l'ancienne Cli-nique Saint Joseph ont démontré l'existence de murs à mettre en relation avec un grand bâtiment construit après le début du IX' siècle et qui a changé de fonction au X' siècle. En effet, les couches de terres contre ces murs renfermaient un matériel archéologique 2526 composé de tuiles romaines et de tessons exclusivement de couleur rouge datés entre le IX' et le XI' siècle. Les terres contenaient aussi de nombreux ossements travaillés ser-vant d'outillage qui rappellent aiguilles et poinçons. L'activité du tissage était donc pré-sente dès la naissance de la vieille ville. L'archéologie enrichit de par ses décou-vertes matérielles en vestiges et en objets la compréhension et l'interprétation des textes des X' et XI' siècles. Parmi les constructions en pierre connues comptent le château-fort et l'église. Toutefois il faudrait associer des bâtiments à. vocation «représentative» dans les environs immédiats du château, retrouvés lors de la fouille de l'ancienne Clinique Saint Joseph, tandis que les structures artisanales plus fragiles car construites en bois, chaume et argile ont été découvertes plutôt â. l'ouest, la hauteur de la rue de la Boucherie. Le peuplement qui a précédé la con-struction du château formait sans doute une petite bourgade. Logiquement, le peuple-ment précoce du site de la ville de Luxem-bourg devrait se trouver dans la vallée de l'AI- zette où se situaient de nombreuses villas romaines. Mersch, Steinsel, Walferdange, Itzig et Bivange figurent parmi les plus proches de Luxembourg. Au début du Moyen Âge ces centres d'exploitation agrico-le étaient intégrés aux grands domaines ecclésiastiques comme le domaine seigneu-rial primitif formé à Weimerskirch qui appar-tenait à. l'abbaye de Saint Maximin de Trèves. Si ces domaines se sont implantés aux en-droits les plus fertiles et â. proximité des cours d'eau, d'autres sites se sont formés sans doute sur la hauteur en raison de leurs qualités straté- Les analyses archéologiques progressent grâce aux détritus des générations passées. Ainsi les terrasses du Grund ont accueilli le riche matériel d'une garnison romaine stationnée sur le rocher du «Bock». gigues. Ces endroits dominants pouvaient comporter dans certains cas un croisement de routes, une place du marché et un sanctuaire. Ce scénario pourrait bien correspondre la sédentarisation et à. la formation de l'ag-glomération sur le territoire de Luxembourg- ville. On peut imaginer un grand centre de regroupement de denrées et des maisons fermes dispersées dans la vallée ainsi qu'un noyau de peuplement d'artisans sur le site du futur centre urbain, regroupé autour d'une place de marché au pied de laquelle se trou-vait éventuellement une église. Si cette hypothèse s'avère valable, la naissance de Luxembourg reposerait sur une fondation d'abbaye, notamment celle de l'abbaye Saint Maximin de Trèves. Elle aurait quitté les lieux pour un autre domaine, comme l'attes-te la charte d'échange. En effet, le X' siècle correspond à l'époque où les grandes ab-bayes étaient affaiblies, les potentats locaux en profitèrent pour étendre leur mainmise sur le patrimoine ecclésiastique. C'est dans le contexte de cet enjeu politique que doit être comprise l'arrivée de Sigefroi qui obtint en effet de l'abbaye Saint Maximin, en échange de son domaine sis à. Feulen, le domaine de la future ville de Luxembourg. Vers 963 le domaine comprend entre autres le caste//urn appelé Lucilinburhuc, dénomination dont provient le nom de notre pays. Ce château-fort, qui au début n'était qu'un pied à terre, allait s'affirmer au fil des décennies comme une résidence permanen-te pour devenir ensuite le siège de la maison des comtes de Luxembourg. Le premier monastère de la ville, construit au plateau Altmünster en 1083, marque un moment fort de l'ancrage du pouvoir du comte de Luxembourg sur une entité territoriale en formation. Les recherches archéologiques menées par le Service des Sites et Monu-ments entre les années 1992-1995 ont apporté de nouvelles données sur les phases de construction du château qui, au XI' siècle, ne comportait qu'un donjon, puis fut agran-dit pour se démarquer de la ville par une entrée monumentale flanquée de deux tours semi-circulaires. Avant le Lucilinburhuc Aux origines de la ville de Luxembourg est associée la présence d'une voie romaine. Seule source, l'archéologie atteste l'installa-tion d'un fortin romain au site du rocher du Bock au cours des IV' et Ve siècle après J.C. Un riche matériel de garnison romain fut jeté du haut du rocher du Bock, retrouvé sur les terrasses de jardin au Grund et étudié en 1994. Par ailleurs, les tuiles, les fibules, les monnaies romaines retrouvées en vieille ville attestent une présence romaine. Cependant il serait imprudent de supposer un peuple-ment résidant sur le sol de la vieille ville. En effet, il ne reste plus rien du mythe romain attaché à. la célèbre tour carrée du Marché- aux-Poissons découverte dans les années 1930 et qui n'est qu'une tour d'habitation médiévale. Aussi le chemin romain passant par le «Schéieschlach» est une hypothèse à. rejeter définitivement. L'unique et excep-tionnel témoin d'une structure romaine en place correspond à l'aménagement d'un pont romain, retrouvé en partie lors des fouilles des berges de l'Alzette au Pfaffenthal en 1990. Le tracé exact de la voie romaine partant de Reims via Arlon à Trèves en passant par la vieille ville de Luxembourg est loin d'être cla-rifié. L'une des découvertes les plus éton-nantes des dernières années fut faite lors de la fouille de l'arrière-cour au 11, rue de la Boucherie. En 1998 y furent mis au jour des tessons de céramiques attestant la présence de nos ancêtres avant l'époque romaine, notamment au VI' siècle avantJ.C. Ainsi, aux endroits les plus bouleversés par l'histoire, le potentiel archéologique n'est pas pour autant à. sous-estimer! Les occasions ne manqueront certainement pas de faire pro-gresser la recherche archéologique sur le ter-ritoire de la ville de Luxembourg tant que l'ar-chéologue pourra exercer son rôle de parte-naire dans les projets de rénovation. Isabelle Yegles-Becker Ouvrages récents: - Michel Margue, Du comté à. l'empire: origines et épa-nouissement du Luxembourg, in Trausch (s.d.) Histoire du Luxembourg, le destin européen d'un .petit pays», 2002, p.67-145; - Jeannot Metzler, Le Luxembourg avant le Luxem-bourg, in Trausch (s.d.) Histoire du Luxembourg, le destin européen d'un .petit pays», 2002, p.27-62; - Isabelle Yegles-Becker, de Féschmaart, description, 2002; - John Zimmer, Aux origines de la ville de Luxembourg, 2002.


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