30/06/1991 17:31 Alter: 27 yrs

Au théâtre municipal relève et continuité

Kategorie: 37/1991 - Place d'Armes 37/1991 - Place d'Armes
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Avec le départ à la retraite de l'ancien directeur, M. Ferdy Reiff, et l'ar-rivée d'un nouveau directeur, M. Jean- not Comes, la grande maison du rond- point Schuman va connaître sans doute des mutations. Alors que celui qui a façonné le grand théâtre, qui en a accompagné la construction dans les années soixante, qui en a dessiné l'identité dans les décades suivantes, quitte la vie active, une nouvelle période va s'ouvrir. Non pas seulement â cause du changement de personnel, mais aussi à cause d'un contexte différent. Pour les institutions culturelles de la ville de Luxembourg, l'année 1995 ? où la capitale sera ville culturelle de l'Eu-rope ? se dessine à l'horizon. Par ail-leurs, Luxembourg, avec ses deux théâtres, joue un rôle capital pour le développement de cet art dans notre pays, d'où l'importance de réfléchir â leur complémentarité. Enfin, il faudra se mettre au diapason de l'évolution interne de la société, tenir compte de la création contemporaine et s'adapter au contexte culturel. EVITER LA CONCURRENCE ET LE DOUBLE-EMPLOI Le nouveau directeur du théâtre municipal nous a confié que son pre-mier souci était d'assurer le contact avec son collègue Marc Olinger, direc-teur du Théâtre des Capucins, pour mettre en oeuvre une activité concertée des deux théâtres de la ville, dans le res-pect de leur complémentarité. Prenant acte de la vocation propre de chacun des deux théâtres ? le Théâtre des Capucins comme théâtre de produc-tion, celui du Millénaire comme théâtre d'accueil ?, Jeannot Comes et Marc Olinger assisteront désormais ensem-ble aux séances de la commission de programmes. D'ailleurs, le programme de la saison 1991-1992 a été élaboré sur la base d'une telle collaboration franche et amicale. Cette collaboration devra surtout se mettre en place avec un maximum d'ef-ficacité en vue des manifestations de 1995. Des réunions préliminaires avec tous les responsables d'institutions culturelles de la ville (et elles sont nom-breuses: â côté des théâtres, citons le(s) musée(s), la cinémathèque, la bibliothè-que, la médiathèque, le conservatoire avec ses nombreuses sections) ont déjà eu lieu. Quant au théâtre, en vertu de sa 32 AU THÉÂTRE MUNICIPAL RELÈVE ET CONTINUITÉ vocation, ce sera le Théâtre des Capu-cins qui va assurer l'essentiel de la créa-tion. On parle déjà d'un festival de théâ-tre, avec toute une série de productions dont l'une ou l'autre, surtout dans le domaine du théâtre musical, pourrait avoir lieu rond-point Schuman. COORDONNER L'OFFRE CULTURELLE Dès à présent, on réfléchit â l'édi-tion d'un programme mensuel dans lequel seraient reprises toutes les mani-festations des institutions culturelles de la ville. Comme le relève le nouveau directeur du théâtre municipal, le fait même d'un tel programme commun sous forme d'un prospectus ou d'une brochure permettra de mieux coordon-ner les manifestations, d'éviter que le public potentiel ne soit tiraillé le même soir par des manifestations concurren-tes des théâtres, conservatoire et ciné-mathèque. Interrogé sur son attitude à l'égard de l'idée d'une billetterie centrale, Jean- not Comes répond sans ambages: ?J'y suis tout â fait favorable, c'est une nécessité pour assurer un meilleur ser-vice dans l'intérêt des spectateurs." M. Comes nous confie encore que le projet de billetterie centrale a déjà fait l'objet d'une intense préparation. Dès août 1990, les responsables des deux théâtres et du conservatoire ensemble avec ceux du syndicat d'initiative se sont rendus à l'étranger pour étudier de tels systèmes. En ce moment, le service informatique de la ville s'occupe à régler les problèmes techniques. Le système prévu consisterait à laisser subsister des caisses dans les théâtres et au conservatoire, mais â per-mettre â chacune d'elles de vendre des billets des autres, avec en outre un lieu central en pleine ville où tous les billets pourraient être commandés et achetés. Programmée pour la saison 1992- 1993, la billetterie centrale faciliterait non seulement la vie des spectateurs en leur évitant des déplacements et des attentes, mais permettrait des réserva-tions sur plusieurs mois et pourrait même rendre le système d'abonne-ments plus flexible. Sans parler d'une gestion financière plus facile grâce à l'informatique. MAINTENIR LE CAP Le nouveau directeur veut-il donner une autre orientation au théâtre munici-pal? Interrogé sur ses intentions, J. Comes relève les contraintes: ?Notre théâtre a une vocation d'accueil. Ce tra- ALLER A LA RENCONTRE DU PUBLIC En effet, â l'heure actuelle, la caisse du théâtre municipal est débordée. Les lignes téléphoniques sont surchargées, il est difficile de faire une réservation par téléphone, et en outre les réservations ne peuvent se faire longtemps â l'avan-ce, étant donné le système manuel utili-sé.vail, effectué avec un minimum de per-sonnel, laisse à peine de la place pour des activités de création. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'outre les nombreu-ses représentations dans la grande sal-le, nous avons à organiser des manifes-tations de toute sorte ? conférences, réceptions, dîners, etc. ?au studio et au foyer. J'aimerais, quant à moi, que le ?Kellertheater' redevienne un centre d'expression théâtrale, ce qu'il a été un moment avant l'ouverture du Théâtre des Capucins." Dès à présent, le nouveau directeur se trouve confronté à deux problèmes humains et matériels importants. L'un consiste à réfléchir à la situation du per-sonnel du théâtre. En effet, le degré d'occupation très élevé du théâtre, d'une part, les effectifs du personnel, d'autre part, font que certains membres du personnel sont amenés à travailler les weekends et qu'il est difficile d'ac-corder des congés en dehors de la période de fermeture annuelle en été. A cet égard, il convient de signaler que dans les théâtres étrangers le per-sonnel bénéficie d'un statut qui tient compte des contingences et des parti-cularités du travail dans un théâtre où une grande partie de l'activité se déroule forcément le soir, voire la nuit. C'est dans cette direction que s'orientent les réflexions du nouveau directeur. Lautre problème consiste à revoir l'infrastructure. Après un quart de siècle d'activité intense et sans relâche, la grande salle ainsi que la scène doivent être révisées. Usure normale, certes, du fait d'une utilisation optimale, mais usure quand même qui rend nécessaire le renouvellement de certains équipe-ments, comme p.ex. les fauteuils, ou encore la modernisation de la scène, c'est-à-dire l'adaptation du plateau technique aux exigences de la mise en scène contemporaine et des impératifs de sécurité très strictes qui se sont dégagés au fil des années. RENDRE LES PROGRAMMES PLUS ATTRAYANTS Le nouveau directeur a déjà eu le temps de se pencher sur les résultats de la saison passée. Il a constaté que le lyrique ? opéras, opérettes et ballets ? fait le plein de spectateurs, mais que le dramatique bat de l'aile, sauf pour l'abonnement Karsenty. Pour y remédier, on pense travailler sur différents plans. Quant à la program-mation, M. Comes relève que dès la sai-son prochaine, on verra apparaître dans le programme allemand quatre nou-veaux théâtres allemands avec des noms connus d'acteurs et de metteurs en scène. Il conviendra encore d'organi-ser une animation autour de certaines représentations, renouer à cette fin les contacts avec les écoles, diversifier l'of-fre pour les jeunes spectateurs. Ainsi, dès la saison à venir, un nouvel abonne-ment ballet pour les jeunes (J-5) avec trois soirées de ballet sera offert, étant donné la demande importante qui n'a pu être satisfaite les années précéden-tes. Une initiative originale consistera à coupler l'abonnement français G avec le ?Saarländisches Staatstheater" de Sarrebruck de sorte que celui-ci achète-rait chaque fois une représentation à la suite de celles qui auront lieu dans notre ville, ce qui permettrait par là-même de réduire les frais. De façon générale, le nouveau directeur se montre tout à fait ouvert aux contacts régionaux de même qu'avec le théâtre d'Esch. Les premières dicussions avec Guy Wagner, directeur de ce théâtre, se sont révélées très fructueuses. Etant donné aussi que les prix augmentent rapidement, il convient de faire preuve de beaucoup de soin lors du choix des représentations. Il s'agira en particulier de développer les contacts directs avec les troupes et d'éviter les organisateurs de tournées, d'investir dans les valeurs sûres et sur-tout de tenir compte des intérêts et des attentes du public. LES GRANDS AXES DU PROGRAMME 1991-1992 Dans le domaine dramatique en lan-gue française, c'est toujours le pro-gramme Karsenty (abonnements A et B) qui trouve le plus de faveur auprès du public. Relevons, outre le lot habituel des comédies légères, le FREGOLI, mis en scène par Jérôme Savary et super-bement joué par Bernard Haller, ainsi que L'HISTOIRE DU SOLDAT de C.F. Ramuz avec l'acteur-vedette Jean Rochefort. Dans l'abonnement G, nous notons une très joyeuse comédie: LES PAL-MES DE MONSIEUR SCHUTZ, de Jean-Noël Fenwick, un ancien du café- théâtre, dont la pièce a été bien accueil-lie au cours de la saison passée au point d'avoir eu 11 nominations aux Molières. En fait, l'auteur représente Pierre et Marie Curie en train de découvrir le radium dans le laboratoire d'un M. Schutz dont le grand rêve sont les pal-mes académiques! Dans un tout autre registre, relevons LA LOCANDI ERA de Goldoni, cette fois- ci proposée par le Nouveau Théâtre de Bourgogne dont la mise en scène et le jeu des acteurs ont été largement accla-més par la critique. Dans le domaine allemand, avec l'abonnement E, SCHLUSSCHOR de Botho Strauss dans la mise en scène de Fritz Gross pour le ?Badisches Staats- theater" de Karlsruhe sera un événe-ment. Ecrite peu après la chute du mur de Berlin, la pièce de B. Strauss est un éclairage saisissant de la nouvelle réa-lité allemande. Par ailleurs, le ?Saarländisches Staatstheater" présentera LULU de Wedekind, et le ?Schauspielhaus" de Bonn proposera ROMEO UND JULIA de Shakespeare dans une mise en scène nouvelle de Jaroslav Chundela. UN GRAND PROGRAMME D'OPERAS, D'OPERETTES ET DE BALLET Le programme des opéras (H+I+F) bénéficie cette année encore de la pres-tation sérieuse comme de la continuité efficace des grandes maisons alleman-des: citons p.ex. le ?Nationaltheater" de Mannheim avec le TRIPTYCHON de Puccini qui verra la représentation des trois parties de ce TRITTICO en une soi-rée, performance rarement tentée; citons encore le ?Badisches Staatsthea- ter" de Karlsruhe avec DER BARBIER VON SEVILLA de Rossini et TANNHÄU-SER de R. Wagner, la ?Nationaloper" de Varsovie avec MACBETH de Verdi. Quant aux opérettes (abonnements K+L+M), on remarquera le fameux musical de John Kander CABARET dans la mise en scène non moins fameuse de Jérôme Savary avec une troupe de solistes internationaux ainsi que la chorégraphie et les costumes ori-ginaux, un WEST SIDE STORY par le ?Saarländisches Staatstheater" et LA TOISON D'OR de Francis Lopez par l'Atelier Lyrique Européen avec des chanteurs bien connus comme Brigitte Holzer, André Jobin et Jacques Filh. Dans le programme de ballet, on se plaît à relever le Ballet Gulbenkian, dont la venue à Luxembourg se place dans le cadre d'Europalia 1991, et le Ballet de Genève qui tous les deux feront connaî-tre l'école lusitanienne. Si l'on y ajoute le Ballet National d'Espagne et le Ballet Argentin avec Julio Bocca, on remar-quera la vigueur et l'originalité de la danse méditerranéenne et de ses pro-longements outre-Atlantique. Documentation recueillie par Ben Fayot 33


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